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Emploi center > Publication
Le 4 juillet 2009

Dossier "La formations des décideurs de l'Internet"

L'AVIS D'UN ANCIEN DE CENTRALE PARIS

Alexandre Roos
Centrale 92
PDG, fondateur de Caramail
"J'ai certainement vécu à Centrale les trois plus belles années de ma vie..."


Bouillonnant entrepreneur, co-fondateur des sites Lokace et surtout Caramail, Alexandre Roos fait partie de ces pionniers de l'internet qui ont réussi. Après avoir vendu Caramail au groupe suédois Spray tout en conservant la direction opérationnelle de la société, Alexandre Roos est aujourd'hui en charge des activités de mail-
gratuit du groupe Lycos. Il revient aujourd'hui sur ses années d'élève ingénieur à Centrale Paris.

Quel parcours vous a conduit à l'école Centrale ?
D'origine alsacienne, j'ai commencé par Math-sup et Math-spé à Strasbourg et j'ai intégré Centrale Paris en 1989. A l'origine, mon ambition d'étudiant était d'intégrer Sup Télécom, mais comme mon classement au concours me permettait de faire Mines Paris ou Centrale Paris, j'ai choisi Centrale que je trouvais plus proche des entreprises que Les Mines.

Quels ont été les principaux apports de cette formation ?
La caractéristique de Centrale est d'offrir un panorama complet de très nombreuses disciplines, qui vont de la dynamique des fluides à la thermodynamique en passant par l'informatique. Pour ma part, j'ai toujours été passionné par l'informatique et je me suis donc orienté dans cette voie en troisième année. J'ai d'ailleurs séché pas mal de cours pendant les deux premières années car je savais pertinemment que je ne ferais rien dans la chimie ou la thermodynamique. J'ai eu quelques regrets ensuite car nous avions des profs excellents. Mais à Centrale, la présence aux cours n'est pas obligatoire. Sinon, par rapport aux années de prépa qui sont essentiellement consacrées aux maths, les années Centrale sont l'occasion de travailler des matières beaucoup plus concrètes et utilisables en entreprise, y compris la gestion et l'économie pour compléter l'enseignement scientifique.

Gardez-vous de bons souvenirs de votre vie étudiante ?
Excellents. Quand on arrive à Centrale après deux années de galères en prépa, on a tendance à se lâcher. Le campus est particulièrement bien conçu pour vivre à fond cette vie étudiante. Tous mes potes jouaient au rugby et je pense avoir bu davantage de bières à Centrale que pendant les vingt années qui ont précédé (rires).

Comment êtes-vous passé du campus de Centrale à la création
d'entreprise ?
Pour financer ma chambre d'étudiant et mes bières, j'ai recherché un boulot et j'ai donc rejoint deux anciens centraliens, Philippe Payan (lire le portrait Net20/JDN) et Thierry Lunatti qui avaient créé leur boîte de formation informatique. J'étais tout jeune et c'était à l'époque les premières fois de ma vie que je portais des cravates et des costumes. J'ai bien sympathisé avec mes deux employeurs. En 1991, j'ai donc monté avec eux et un associé rencontré à Centrale une boîte nommée AS/Tech, qui était spécialisée dans l'ingénierie informatique. Mais à cette époque j'étais encore étudiant à l'école.

La création d'entreprise était une évidence pour vous ?
Dès que j'ai commencé mes études, j'ai eu envie de cette indépendance et l'exemple de Payan et Lunatti m'a vraiment donné envie de me lancer. Je voyais deux jeunes à peine plus âgés que moi qui gagnaient bien leur vie et qui faisaient ce qu'ils voulaient. Bon, j'ai ensuite découvert qu'il fallait pour cela travailler 90 heures par semaine mais gérer sa vie comme on l'entend n'a pas de prix. De toute façon, je ne voulais pas finir comme le centralien classique qui sort de l'école pour rejoindre un grand cabinet de conseil.

Quand avez-vous décidé de vous orienter vers l'Internet ?
Trois ans après la création d'AS/Tech, nous avons découvert le réseau et là, nous nous sommes dit que c'était mieux que ce que nous avions fait jusqu'alors avec des ordinateurs. Nous avons donc créé "Internet plus" pour développer des activités autour d'Internet sans vraiment savoir ce que nous allions faire. On a essayé beaucoup de choses. Nous avons fait de l'ISP, développé des sites et monté le moteur de recherche Lokace. Quand nous avons compris que le métier d'ISP n'avait d'intérêt que pour les géants des Télécoms, le développement de sites a été repris par AS/Tech, société dans laquelle est venu me rejoindre un ami d'enfance, Christophe Schaming, qui est également mon associé dans Caramail. Nous nous sommes concentré sur Lokace que nous trouvions beaucoup plus amusant que le reste.

Vous avez pourtant vendu Lokace à Infonie ?
Nous avons commis l'erreur de trop nous consacrer à nos autres sociétés qui nous faisaient vivre. Lokace était un peu notre activité du week-end. Nous avons rapidement perdu notre avance face aux moyens dont disposaient des gens comme Nomade, arrivés en même temps que nous. En 1997, nous avons eu l'idée de construire Caramail sur le modèle de Hotmail que nous avions vu naître aux Etats-Unis. Il faut se souvenir qu'il fallait, à l'époque, payer 200 francs par mois à son ISP pour avoir une adresse mail. Nous avons fait le pari d'offrir un service gratuit financé par la pub. Mais cette fois, nous nous sommes donné les moyens en cherchant à vendre Lokace. Le groupe Infonie nous a acheté le moteur pour une somme comprise entre 8 et 10 millions de francs que nous avons investie dans Caramail.

Entretenez-vous encore des liens avec Centrale ?
Je participe régulièrement aux cessions de la filière création d'entreprise dans laquelle j'interviens comme jury. Cela me permet de rencontrer les porteurs de projets et de leur donner un petit éclairage sur l'intérêt ou la validité de leur modèle. Ils sont tous très bons, mais on n'a pas toujours le bon projet dès le début. Sinon, je participe également à l'association "Centrale Start-up" qui permet aux étudiants futurs entrepreneurs de rencontrer d'anciens centraliens créateurs d'entreprise et de les mettre en contact avec des investisseurs. Je regrette de ne pas avoir eu le temps de les aider davantage à monter leurs business plans car la démarche de création d'entreprise est pour moi une vraie passion.

Les futurs entrepreneurs sont nombreux sur le campus de Centrale ?
Cela a beaucoup évolué par rapport à mon époque. Sur une promo de 360, nous étions à peine une dizaine à vouloir créer une entreprise. Actuellement, pour chaque réunion avec des créateurs d'entreprise, nous avons une centaine de personnes. Même après la retombée de l'euphorie liée à la nouvelle économie, cet engouement ne faiblit pas.

Mais le contexte du marché ne rend-il pas beaucoup plus improbable un parcours comme le vôtre ?
Non. C'est vrai qu'aujourd'hui on ne lève plus aussi facilement de l'argent qu'il y a deux ans. Mais pour ma part, je considère que nous nous sommes lancé avant qu'il soit facile de lever des fonds. Une boîte, c'est toujours pareil : il faut bosser énormément, y croire et avoir peu de chance pour trouver la bonne idée au bon moment. Bien sûr, on fait des erreurs mais il faut savoir se réorienter. J'ai fait de mauvais choix stratégiques, par exemple avec Internet Plus lorsque nous avons testé le métier d'ISP. Mais nous nous financions sur nos fonds propres et nous avons su réagir vite pour rectifier le tir. Il faut toutefois prévenir les candidats à la création d'entreprise qu'ils vont travailler deux fois plus que leurs amis et tout en gagnant trois fois moins, au moins pendant les premières années.

Vous participez à l'association des anciens centraliens ?
Je n'ai pas suffisamment de temps malheureusement. Mais je considère que c'est un élément très important de la vie de Centrale, qui fait partie de ces écoles où le sentiment d'appartenance est fort. Chaque fois qu'un centralien m'a contacté pour m'envoyer un business plan, je l'ai lu attentivement, quel que soit mon emploi du temps du moment. S'il s'agit de quelqu'un d'une autre école, je ne le lis pas si je n'ai pas le temps.

Comment résumeriez-vous vos années à Centrale ?
Comme la plupart de ceux qui ont fait cette école, j'ai certainement vécu à Centrale les trois plus belles années de ma vie. On a tous d'excellents souvenirs et finir ses études par trois années exaltantes, c'est quand même pas mal. Sinon, il faut aussi reconnaître que le titre de l'école ouvre des portes.

Vous avez des sites préférés, en dehors des sites de la grande maison Lycos à laquelle vous appartenez ?
J'adore Boursorama et ce qu'ont fait Patrice Legrand et son équipe. Je trouve génial que sur un domaine aussi pointu que la finance, ils aient pu éclater tous les grands du secteur, spécialistes depuis des décennies. Sinon j'aime bien Cnet et les cybermarchés. J'ai testé toutes les enseignes, c'est vraiment un excellent service.

Propos recueillis par Fabien Claire le 25 septembre 2001

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