Considérée comme très avancée
dans l'expérimentation des techniques innovantes en matière de management
des ressources humaines, IBM a aujourd'hui décidé d'écarter
de son dispositif d'évaluation, l'utilisation systématique du 360°.
Le groupe informatique, qui compte 14 000 salariés en France,
préfère des processus d'évaluation plus classiques dans lesquels
les outils eRH jouent un rôle majeur. Au sein de l'équipe RH
en France, qui comprend 80 personnes,
Guillaume Lamouche supervise les processus d'évaluation qui deviennent
pour lui un outil quotidien pour identifier les futurs managers et les
perspectives d'évolution professionnelle des salariés.
Emploicenter
: quels sont les différents processus d'évaluation mis en œuvre actuellement
chez IBM ?
Guillaume Lamouche. Nous avons
trois types d'évaluation dans le groupe : d'abord une évaluation annuelle
que l'on appelle le Personnal Business Commitment (PBC) pour désigner
l'engagement individuel de performance. Les deux autres processus d'évaluation
sont destinés aux managers et plutôt dans une perspective d'évaluation
comportementale. Nous avons ainsi les "Assessments centers",
qui sont des évaluations à destination des managers afin de vérifier
leurs compétences, par exemple avant de leur accorder une promotion.
Il s'agit d'une validation de leurs compétences managériales qui doit
aider l'unité d'appartenance du collaborateur à prendre sa décision.
Le troisième type d'évaluation est destiné aux managers avant qu'ils
entreprennent une formation au management. L'idée est de leur permettre
de débuter leur formation avec un feedback de leurs collaborateurs
sur leur propre management.
Mais ce dernier
processus d'évaluation ne correspond-t-il pas en réalité à une évaluation
de type 360 ° ?
Absolument, mais il s'agit d'un 360° utilisé dans un but de formation
et non pas dans un objectif d'évaluation de performance.
Comment se déroule
l'évaluation annuelle du salarié ?
Tout commence en début d'année par le manager qui présente à son équipe
les objectifs pour l'année. Ensuite, chaque collaborateur s'engage individuellement
auprès de son responsable sur la contribution qu'il s'engage à apporter
pour atteindre l'objectif général de l'équipe. Nous travaillons sur
trois typologies d'objectifs chez IBM qui sont : Win, les objectifs
pour gagner, Execute, les objectifs liés à la réalisation
et les objectifs Team pour l'équipe. Les paramètres retenus doivent
être le plus mesurable possible. Nous avons mis en place un outil eRH
sur notre intranet sur lequel sont portés ces objectifs. La deuxième
étape consiste à évaluer les écarts de compétence à combler pour atteindre
l'objectif retenu. Cela passe par exemple par une formation éventuelle.
Un entretien doit être réalisé au milieu de l'année pour s'assurer de
l'état d'avancement vis à vis de l'objectif et cela débouche en fin
d'année sur l'évaluation proprement dite au regard de l'objectif initial.
Quel est l'apport
des outils eRH dans ce processus ?
L'apport de l'intranet a été fantastique car il nous permet de savoir
à tout moment où en sont les processus d'évaluation. Cela conduit à
plus de rigueur dans la gestion de ces opérations sur lesquelles nous
avons peu de visibilité en tant que responsables RH . Cela nous permet
également de corréler les notations avec la performance réelle des équipes.
Que voulez-vous
dire ?
Si par exemple une division ne parvient pas du tout à atteindre ses
objectifs, il serait choquant que tous les collaborateurs soient notés
comme obtenant des résultats exceptionnels. Dans ce cas, l'équité de
l'évaluation serait remise en cause du fait du manager. Nous nous attachons
également à suivre ce que nous appelons la performance soutenue qui
correspond à l'analyse de la notation obtenue par la personne sur une
longue durée. Or, la performance soutenue dans le temps a un impact
sur le salaire et détermine les carrières lentes ou rapides.
Quel est précisément
l'impact de l'évaluation du salarié sur sa rémunération ?
Chez IBM, la prime variable annuelle est directement indexée sur la
notation de la personne et cette prime peut représenter jusqu'à un mois
de salaire. Elle joue également un rôle dans les augmentations car l'ensemble
du groupe fonctionne sur la base d'une augmentation individuelle. S'agissant
de la carrière, quelqu'un qui aura été évalué de manière soutenue comme
apportant une contribution exceptionnelle au groupe a de bonnes chances
de connaître une évolution rapide dans sa carrière.
Comment se
présente votre échelle de notation ?
Il faut d'abord préciser que nous évaluons la contribution de la personne
et non la personne elle-même. Nous avons quatre niveaux qui commencent
avec la contribution exceptionnelle puis les résultats conformes voire
supérieurs aux objectifs, suivi des résultats conformes à certains engagements
et enfin les résultats insuffisants. Les trois premières notes correspondent
à des résultats positifs alors la quatrième note doit engendrer une
réaction rapide de la part de l'évalué. Dans le cas contraire, elle
pourra aboutir à une mise en garde du salarié. C'est pour cela que les
objectifs doivent être réels et quantifiables et ne doivent pas correspondre
à des missions générales. Par exemple, satisfaire le client
ne peut pas être un objectif, le véritable objectif pourra être
d'atteindre une moyenne de 3 dans les enquêtes de satisfaction client.
Que vous apporte
ce processus complexe ?
C'est d'abord le moyen d'identifier rapidement les salariés à haut potentiel
et de permettre à chacun de maximiser le développement de ses propres
compétences par rapport aux objectifs afin d'augmenter l'employabilité
de nos équipes.
Vous n'utilisez
plus les procédures dites "360 °" pour l'évaluation proprement
dite ?
Nous n'avons plus de processus d'évaluation 360° systématiques depuis
maintenant deux ans. Nous l'avions auparavant intégré dans l'évaluation
standard mais l'expérience a montré que le 360° généralisé n'apportait
pas grand chose.
Que voulez-vous
dire ?
Il est très difficile pour les salariés de déterminer en début d'année
quelles seront les personnes les mieux placées pour les évaluer à la
fin de l'année. En outre, la tendance naturelle est de choisir des gens
qui vous veulent du bien. La fiabilité du processus est donc toute relative.
En revanche, l'évaluation 360° est intéressante pour les salariés en
mission chez les clients. Dans ce cas, le supérieur hiérarchique n'a
que peu de contacts avec l'évalué et l'idée d'une évaluation
par les collègues directement associés au projet est nettement plus
intéressante.
Quels sont
pour vous les qualités d'un bon processus d'évaluation ?
Je dirais qu'il faut d'abord que le processus soit orienté sur les objectifs
et non sur la personne. Cela passe par l'utilisation de l'évaluation
dans une perspective de développement des compétences.
Il faut que les critères de l'évaluation soient objectifs
et mesurables. Sinon, le danger est de raisonner en missions générales
et subjectives et non en objectif précis. Par exemple, pour évaluer
un ingénieur commercial, on peut facilement évaluer les
revenus qu'il génère pour le groupe. Pour un responsable
RH on peut évaluer la qualité d'un processus par exemple.
Avez-vous recours
aux services d'un prestataire pour mettre en place les opérations
d'évaluation ?
Nous travaillons notamment avec le cabinet
Hay Mac Ber dans le cadre d'un accord groupe mondial. Il faut d'ailleurs
préciser que les processus d'évaluation sont homogènes
chez IBM, quel que soit le pays dans lequel est implantée la
filiale. C'est un point positif, en particulier pour les collaborateurs
qui travaillent sur des projets à l'international.
Y a-t-il parfois
des oppositions des salariés à leur notation ?
Il y a d'abord l'entretien formel avec le manager qui permet généralement
de régler les désaccords. Mais il est toujours possible
de recourir à un niveau hiérarchique supérieur
pour contester l'évaluation. Cependant, dans les faits, c'est
heureusement très rare, ce qui prouve la qualité de notre
culture d'entreprise sur le sujet.
Que représente
la formation chez IBM au regard de la masse salariale ?
Nous consacrons environ 5% de la masse salariale à la formation car
la valorisation du capital humain reste déterminante sur notre marché.
Sur un plan
plus personnel, vous utilisez beaucoup Internet ?
Je l'utilise vraiment beaucoup effectivement, ça me semble aujourd'hui
indispensable. Nous faisons de la veille sur les métiers et les
compétences et je dois pour cela regarder ce qui se fait ailleurs.
Je visite pour se faire des sites comme conference-board
ou IDC.
Et vous surfez
également chez-vous ?
Tout à fait, je lis beaucoup les éditions en ligne des
journaux comme la
Tribune ou les
Echos. En revanche, je n'achète pas encore en ligne mais
ça viendra certainement dans un prochain avenir (rires). Sinon
je visite aussi régulièrement le site de TF1
que je trouve très complet.
Propos recueillis
par Fabien Claire le 3 décembre
2001