Expert du conseil en ressources humaines
au sein de Cegos, Michel Fourmy intervient à la fois sur le positionnement
des fonctions RH dans l'entreprise, sur le management par les compétences
et également sur l'aide à la conduite du changement.
Emploicenter
: qui est le plus souvent à l'origine des procédures d'évaluation
dans les entreprises ?
Michel Fourny. Cela part en
général d'une volonté du service RH qui doit être
relayée par la direction puis déclinée à
l'ensemble des niveaux hiérarchiques de la structure. Se pose
alors la question des capacités du management à évaluer
les équipes pour conduire les changements attendus dans l'entreprise.
Y a-t-il pour
l'entreprise une obligation légale de mise en place de telles
procédures ?
Non, il n' y a pas d'obligation légale en la matière.
En revanche les partenaires sociaux sont souvent très demandeurs
de systèmes d'évaluation car ils permettent de construire
et de valoriser les parcours professionnels. Ils sont également
intéressés par les conséquences de l'évaluation
sur la rémunération.
Quelle est
selon vous la taille critique à partir de laquelle les entreprises
ont vraiment intérêt à se doter d'un système
d'évaluation ?
Je prendrais l'exemple des start-up pour dire que lorsque l'entreprise
démarre avec 10, 20, 30 puis 40 salariés, le management
par les compétences, dans lequel s'inscrit l'évaluation,
n'est pas du tout nécessaire. Tout le monde se connaît
et le manager n'a pas besoin d'un entretien formel pour donner une augmentation
de salaire ou attribuer un nouveau poste. On est davantage dans un fonctionnement
en connivence ou de réseau. Il y a quand même des exemples
de start-up qui ont mis en place ces entretiens dès le départ
et, parmi elles, la plupart n'ont pas disparus. Je pense que c'est plutôt
le symptôme d'une volonté pour les fondateurs de structurer
leur organisation dans la durée.
Comment pourriez-vous
définir l'entretien d'évaluation ?
C'est d'abord un entretien au cours duquel on mesure à la fois
les résultats obtenus mais aussi où l'on peut discuter
de son avenir. C'est un contexte de discussion privilégié
qui doit permettre aux gens de mieux se connaître et de comprendre
les modes de fonctionnement réciproques. En général,
on se donne un peu de temps pour une discussion privilégiée
entre le manager et son salarié.
Quel serait
pour vous le processus d'évaluation idéal ?
Je commencerais par dire qu'il faut avant tout une impulsion stratégique
de la part de la direction qui doit identifier les 4 ou 5 compétences
qu'il lui faut développer pour pouvoir bénéficier
d'un avantage concurrentiel sur le marché. C'est ensuite la DRH
qui doit, en fonction des objectifs stratégiques, concevoir le
processus et orienter les entretiens afin d'impulser le changement dans
le sens voulu. Pour se faire, il existe des outils qui sont les référentiels
métiers et les référentiels métier-compétences.
De quoi s'agit-il
?
Les référentiels métiers permettent de structurer
l'inventaire des compétences disponibles dans l'entreprise. Les
référentiels métier-compétences permettent
d'identifier les compétences nécessaires pour atteindre
les objectifs fixés. Les entreprises peuvent ensuite utiliser
des logiciels pour dresser un arbre des compétences disponibles
dans l'entreprise. Tout cela permet de fixer le cadre dans lequel les
salariés vont pouvoir mener les évaluations.
Tout cela ne
reste-t-il pas très abstrait ou théorique ?
C'est plutôt un niveau stratégique. Mais ce cadre est indispensable
pour permettre au manager de travailler avec ses collaborateurs pour
atteindre ces objectifs stratégiques. L'objectif premier pour
le manager est de mettre en évidence le décalage entre
les compétences acquises par ses équipes et les compétences
attendues par le management pour atteindre les objectifs retenus.
Quid de l'aspiration
du salarié ?
Tout dépend de ce que souhaite mettre en oeuvre l'entreprise.
Mais la logique est ensuite d'identifier ce que le salarié a
envie de faire dans la structure. Or, pour cela, le manager doit avoir
des référents pour pouvoir identifier les métiers
vers lesquels il pourra évoluer en fonction des compétences
acquises. Cela demande donc au dirigeant des compétences RH et
il y a là en général un maillon faible chez le
manager.
Mais l'entreprise
n'est pas un univers cloisonné et le manager n'est-il pas généralement
capable d'identifier lui-même les perspectives de mobilité
horizontale du salarié ?
Pas toujours. Prenez par exemple le cas d'un directeur commercial lors
de son entretien avec le commercial de son équipe. Dans une grande
entreprise il ne connaît pas forcément les postes du service
marketing. Et dans ce cas la DRH doit lui apporter cet éclairage
et lui fournir les éléments pour commencer à apprécier
si le salarié dispose ou non des compétences nécessaires.
Mais il est également primordial que le manager ne prenne pas
d'engagement au-delà de son strict périmètre de
compétence. En revanche, les compétences et aspirations
identifiées remontées au niveau de la DRH permettront
de dresser une cartographie des compétences et de la mobilité
horizontale possible. La tendance actuelle pour les entreprises est
de vouloir développer cette cartographie des compétences
collectives.
Vous identifiez
d'autres mouvements caractéristiques ?
Au lendemain de la catastrophe du 11 septembre dernier, les entreprises
cherchent à développer la mobilité horizontale
afin de palier l'effondrement ou le risque d'effondrement de certains
de leurs marchés. La réactivité devient un élément
clef du management. Par ailleurs, les individus sont plus sensibles
à leur employabilité.
Qu'entendez-vous
par là ?
Les jeunes ont pris conscience que le chômage était un
risque quasi inéluctable dans une carrière, de sorte qu'ils
cherchent à maximiser leurs compétences pour accroître
leur valeur sur le marché du travail. Cette prise en charge de
leur propre carrière les conduit à jouer un autre rôle
dans l'entretien d'évaluation qui leur permet également
de mieux se situer dans l'entreprise mais aussi sur le marché.
Que pensez-vous
du 360° comme forme innovante d'évaluation ?
C'est une pratique intéressante car elle permet une vision plus
large que la seule vision hiérarchique et cela permet de déceler
différents niveaux de compétences. Mais cette technique
d'évaluation n'a aucun sens si elle ne correspond pas à
la politique de management de la société. Par exemple,
la mise en place d'un 360° dans une entreprise très rigide
et hiérarchisée revient à mettre un cautère
sur une jambe de bois et risque même de déstructurer l'organisation
de l'entreprise.
Qu'est-ce qui
a changé dans les entretiens d'évaluation au cours des
dernières années ?
Au début, les DRH assuraient simplement une gestion prévisionnelle
des emplois et des compétences avant de décider de mettre
en oeuvre un énième plan social. On est ensuite passé
à la gestion des compétences en raisonnant en terme de
stocks de compétences sous forme de photographie à moment
T. Il n'y avait derrière aucune dynamique. Aujourd'hui nous faisons
du management par les compétences et non du management des compétences.
On gère donc des flux de compétences dans un mouvement
dynamique.
Et qu'est-ce
que cela change dans l'entreprise ?
Aujourd'hui, on utilise la formation mais aussi le coaching et les situations
d'apprentissage pour permettre aux équipes d'évoluer dans
le sens des objectifs définis par l'entreprise.
Quelle peut
être le rôle des outils eRH dans cette dynamique ?
Les outils eRH peuvent permettrent d'améliorer la préparation
et de mieux suivre les étapes du management RH et cela passe
bien évidemment par les entretiens d'évaluation. Mais
ils ne pourront jamais remplacer l'entretien individuel en face-à
-face d'un manager avec son salarié.
Pour terminer,
vous utilisez vous-même Internet depuis longtemps ?
Je l'utilise depuis 2 ans et demi environ, en particulier pour rechercher
des informations sur le marché et sur les clients, mais aussi
pour effectuer une veille sur les nouvelles tendances et les nouveaux
concepts qui apparaissent dans les RH. Pour la plupart de ces recherches
j'utilise d'abord le moteur Google.
Propos recueillis
par Fabien Claire le 30 novembre
2001.