Après une carrière
professionnelle qui lui a permis de passer du courtage de chevaux de
courses au consulting pour le compte d'une société ghanéenne,
cette américaine, ancienne étudiante de l'Insead, a choisi
de revenir sur le campus de Fontainebleau. Elle assure aujourd'hui l'animation
et la coordination de la communauté des 34 associations d'anciens
étudiants de l'école disséminées à
travers le monde. Joëlle du Lac revient sur ses années à
l'Insead et nous parle de la communauté des 22 300 anciens
étudiants de l'école.
Emploicenter
Quel a été votre parcours avant d'intégrer l'Insead
?
Joëlle du Lac. J'ai d'abord
travaillé dans un bureau newyorkais spécialisé
dans le courtage de chevaux de courses. C'est après cette expérience
en 1985 que j'ai rejoint l'Insead.
Et après
votre sortie ?
Je n'ai pas eu de parcours type mais en réalité il n'y
a pas vraiment de parcours type pour les anciens Insead : je suis partie
au Ghana travailler pour une petite société locale qui
mettait en place la Bourse du pays et qui avait aussi une activité
de conseil pour réaliser les business plans de sociétés
locales afin de leur permettre d'accéder aux financements du
FMI et de la Banque mondiale. Je suis ensuite revenue en France où
j'ai créé ma société d'élevage de
chevaux incluant un centre d'insémination dans la région
de Toulouse. J'ai également créé une société
d'importation de matériel équestre entre la France et
les Etats-Unis. Puis, il y a deux ans, nous avons vendu l'élevage
avec mon mari, ancien Insead également, pour nous rapprocher
de Paris et permettre à nos enfants de suivre leur scolarité
dans une école bilingue.
Pourquoi avoir
choisi de rejoindre l'Insead pour travailler au service des anciens
?
En réalité, j'ai été nommée à
ce poste au mois d'octobre dernier, mais j'occupais auparavant la fonction
de responsable des admissions pour la sélection des candidats
au MBA. Cela m'avait permis d'entretenir des relations avec un réseau
de 1 200 anciens qui étaient chargés d'interviewer
nos candidats partout dans le monde dans le cadre du processus de sélection.
Comment fonctionne
l'association des anciens Insead ?
En fait, nous sommes dans une situation hybride, entre les associations
à l'américaine, qui sont très intégrées
dans l'école elle-même, et les associations françaises,
complètement autonomes. D'abord, il y a plusieurs niveaux avec
l'Internationale Alumni Association (IAA) basée à Fontainebleau
qui est l'association centrale et le réseau de 34 associations
nationales d'anciens étudiants de l'école. Ces associations
sont de tailles très différentes avec plus de 2 000
membres pour les associations françaises et britanniques et moins
de 10 membres pour d'autres.
A quand remonte
la création de l'IAA ?
L'association a été créée en 1961 sous une
forme indépendante. Mais dès le début, elle a eu
des liens très étroits avec l'école. Moi-même,
je suis salariée de l'école mais je travaille à
la fois pour l'IAA et l'école, je suis un lien entre les deux.
Pourquoi avoir
créé des associations locales dans un si grand nombre
de pays dont certaines sont petites, plutôt que des associations
régionales ?
En fait, nous pensons à la création d'associations régionales.
Mais l'activité de terrain est très importante et, dans
certaines régions, il n'existe aucune association importante.
Cela donne à la fois un statut aux responsables de ces petites
associations pour organiser des événements avec d'autres
associations d'anciens comme celles de Harvard ou Wharton. Cela leur
donne également une voix au sein de l'IAA qui a le même
poids que l'association française beaucoup plus grande. Par ailleurs,
d'une façon générale, nos anciens sont très
actifs et nous souhaitons qu'ils puissent conserver leur liberté
d'initiative. Lorsque l'école organise des sessions de présentation
de l'Insead n'importe où dans le monde, il y toujours des anciens
pour venir témoigner de leur expérience et dire en quoi
l'école a changé leur vie.
Vous pensez-vous-même
que l'Insead a changé votre vie ?
Tout à fait. L'Insead est, dans une vie, l'opportunité
très rare de se retrouver avec un grand nombre de gens à
la fois brillants et très différents. Le plus important
pour moi d'ailleurs n'est pas le mot "brillant" mais le mot
"différent". Tous sont caractérisés par
une grande ouverture et une curiosité vis-à-vis des autres.
Je pense que pour certains, c'est la première fois qu'ils se
retrouvent face à des gens aussi brillants ou plus brillants
qu'eux. Cette expérience peut être humiliante pour quelques-uns
mais elle est surtout stimulante pour la plupart.
Qu'est-ce qui
fait pour vous la force de l'enseignement dispensé à l'Insead
?
Dès le début du MBA, on se retrouve dans de petits groupes
de travail de 5 à 7 personnes. Ces groupes sont organisés
délibérément pour mettre en présence les
profils les plus incompatibles. On réunit les gens les plus éloignés
possible en terme de culture, d'âge, de formation ou de centre
d'intérêt. Et on donne à ces équipes une
somme de travail énorme. Il faut savoir qu'à l'Insead,
il est quasiment impossible de faire tout ce que l'on vous demande tant
la charge de travail est importante. Enfin, la notation dans la plupart
des matières est faite par groupe. Cela oblige à s'organiser,
à faire confiance aux autres, y compris à des gens avec
lesquels il arrive que vous ne vous entendiez pas bien et à hiérarchiser
les priorités dans le travail tout en considérant que,
si ça ne marche pas, vous en subirez vous aussi les conséquences.
C'est une excellente leçon que l'on n'oublie pas pour le reste
de sa vie professionnelle.
Il s'agit d'une
espèce de jeu de rôles dans lequel on reconstitue les difficultés
du monde de l'entreprise ?
C'est plus qu'un simple jeu de rôles car si, à la veille
d'un examen, un problème n'est pas résolu où si
un membre du groupe reste à la traîne, vous risquez d'échouer.
On apprend également qu'il y a des problèmes pour lesquels
il n'y a pas de réponses et des points de vue différents
du vôtre qui ne sont pas forcément mauvais. D'une manière
générale l'Insead permet de comprendre que la solution
vient souvent de la diversité et, en général, là
où on ne l'attend pas. Cela donne de l'ouverture et de la créativité
dans l'approche des problèmes.
Quel est aujourd'hui
le niveau de sélection pour l'admission au MBA de l'Insead?
Nous recevons environ 4 000 dossiers par an pour environ 600 candidats
admis. Mais il ne s'agit pas d'une sélection classique mais plutôt
d'un pari sur des gens qui ont les qualités pour s'adapter à
cette forme de travail.
Comment parvenez-vous
à faire vivre une communauté d'associations d'anciens
élèves aussi éparse ?
Jusqu'alors, les liens étaient un peu moins étroits avec
les associations nationales les plus éloignées et se matérialisaient
lors du passage de professeurs dans le pays concerné, mais cela
dépend beaucoup du dynamisme et de l'investissement du président.
Internet est en train de tout changer. Nous allons mettre en ligne une
plate-forme pour les associations qui permettra de passer d'une logique
de réseaux nationaux à des réseaux par centre d'intérêt.
On pourrait ainsi imaginer que le club des anciens du secteur pharmaceutique
pourrait développer des liens avec un club équivalent
en grande-bretagne. L'idée générale est de permettre
à nos anciens de garder le lien le plus étroit possible
avec l'école et le réseau.
Mais les anciens
gardent-ils des liens avec le campus de Fontainebleau lui-même
?
Tous les cinq ans, les anciens de chaque promotion sont invités
à venir retrouver leur promotion lors d'un week-end à
Fontainebleau. Nous atteignons un taux de participation de l'ordre de
60 % pour ces rencontres malgré l'éloignement de
la plupart de ces anciens.
Y a-t-il pour
vous un esprit de corps chez les anciens Insead ?
Pas vraiment car nous sommes une école jeune et nos étudiants
viennent d'horizons très différents. Nous n'avons aucune
chasse gardée mais plutôt un esprit de "coup de main".
Il est certain que lorsqu'un ancien Insead contact un autre ancien devenu
manager, il est quasiment assuré de recevoir une réponse.
Et le jeune
campus de Singapour dispose-t-il déjà d'une association
d'anciens ?
Nous avons effectivement créé un bureau à Singapour
qui est le pendant du bureau de l'IAA de Fontainebleau mais qui dépend
toujours de notre bureau.
Y a-t-il pour
vous des défauts caractéristiques des anciens élèves
de l'Insead ?
Je dirais qu'ils ont un problème parfois pour s'adapter dans
les entreprises très traditionnelles, et je pense que c'est un
problème plus prononcé en France. Ils ont du mal à
ne pas raisonner à l'échelle internationale et leur modèle
est d'abord celui de l'entreprise globale.
Vous utilisez
beaucoup Internet ?
Je l'utilise depuis très longtemps et pour tout. La question
la plus simple devrait être pour quoi je n'utilise pas Internet
(rires). J'achète sur de nombreux sites depuis Armenager.com,
Houra.fr,
en passant par les sites de jouet ou Picard.
J'ai même récemment trouvé ma voiture en ligne.
Naturellement j'utilise aussi Internet pour mes vacances, les week-ends
avec des sites comme clevacances,
gîtes de france et le site Center
Parcs.
Propos recueillis
par Fabien Claire le 20 novembre
2001