Après polytechnique et un
début de carrière dans le marketing, Pierre
Bouriez a choisi de rejoindre l'Insead pour compléter son
cursus. Aujourd'hui PDG fondateur de Houra.fr,
un des grands cybermarché français appartenant au groupe
de la famille Bouriez, Cora, Pierre Bouriez revient sur ses années
Insead.
Emploicenter.
Racontez-nous d'abord le parcours qui vous a conduit à l'Insead ?
Pierre Bouriez. J'ai commencé
par l'X (84) dont je suis sorti en 1987 puis je suis parti aux Etats-Unis
chez Neutrogena pour faire du marketing, ce qui n'est pas très
habituel pour un X, je l'avoue. Mais c'est à ce moment là
que j'ai vraiment découvert les joies du marketing. Au bout d'un
an, je suis revenu en France et j'ai rejoint le groupe Otis pour une
fonction commerciale liée à la maintenance. C'est après
cette expérience que j'ai rejoint l'Insead.
Pourquoi avoir
choisi l'Insead ?
J'avais pratiquement déjà décidé de faire
un jour l'Insead dès ma sortie de l'X. Polytechnique nécessite
quasi-systématiquement une formation complémentaire. Pour
ma part, je préférais une formation de type MBA plutôt
qu'une formation comme les Mines où j'aurais simplement réappris
en couleurs ce que m'avait déjà enseigné l'X. Je
voulais de l'opérationnel. Mais pour que ce MBA ait un sens,
je pensais qu'il fallait que je commence à travailler auparavant.
Pourquoi l'Insead ? Je connaissais déjà très bien
les Etats-Unis, que j'aime beaucoup, mais je préférais
rester en France plutôt que d'intégrer des institutions
comme Wharton ou Harvard. L'Insead et son côté cosmopolite
me séduisait, tout en ayant un niveau académique reconnu.
J'étais d'ailleurs tellement convaincu que je n'ai présenté
que l'Insead.
Quels souvenirs
gardez-vous de votre année à Fontainebleau ?
Je garde beaucoup de très bons souvenirs sur le plan académique
mais aussi sur le plan personnel. J'ai trouvé la sélection
des étudiants très bien faite car l'école accueille
des gens de très bon niveau bien sûr, mais qui viennent
d'horizons très différents. Je pense aujourd'hui que les
trois-quarts de ce que j'ai appris là-bas me vient des autres
étudiants, cristallisé ensuite par les profs. Attention,
les cours et les profs sont excellents, mais j'ai d'abord le souvenir
du travail de groupe.
Mais vous aviez
déjà connu le haut niveau de sélection en intégrant
l'X. Qu'est-ce qui change à l'Insead ?
La sélection de l'X est monolithique. Nous nous ressemblons tous,
même si nous nous pensons très différemment. A l'Insead,
on nous fait travailler dès le début par petits groupes.
Dans le mien, je travaillais avec un financier brésilien à
une époque où son pays connaissait une inflation à
trois chiffres, une prof de sciences-humaines anglaise, un ingénieur
BTP français et un avocat anglais. Evidemment, nous ne pouvons
par voir le monde de la même façon.
C'est-à-dire
?
Lorsque l'on nous présente un problème concret, l'homme
de marketing y verra un problème marketing, l'avocat dira qu'en
fait c'est un problème juridique et le financier ne sera pas
d'accord car il considèrera qu'il s'agit d'une question financière.
Lorsque l'on décortique un cas avec un pareil attelage, on prend
conscience qu'il y a de multiples façons d'aborder un problème
et que la bonne est celle à laquelle on croit. Ce qu'on apprend
particulièrement bien, c'est la façon d'analyser les situations
avant de les traiter, tout en étant conscient qu'il y avait d'autres
façons d'envisager cette question.
Cela change
des choses dans votre façon de travailler aujourd'hui à
la tête de Houra ?
Je pense que cela m'a permis de beaucoup progresser dans ma façon
d'analyser les situations. Auparavant, je fonctionnais de façon
trop théorique en étant convaincu d'avoir le bonne et
unique solution. Je suis toujours convaincu de ma solution aujourd'hui,
mais avant de m'en persuader, j'ai analysé d'autres pistes.
Et quels souvenirs
gardez-vous de la vie étudiante ?
Il s'agit de loin de la période la plus intense et la plus riche
pour moi, qui n'a rien à voir avec ce que l'on connaît
dans les écoles franco-françaises. C'était une
période de travail mais aussi de fête, car nous habitions
presque tous à proximité du campus et nous nous retrouvions
très souvent entre gens de nationalités différentes.
En tant qu'étudiant
français, vous aviez un rôle particulier pour aider les
autres à trouver leurs repères et à s'habituer
à notre pays ?
Nous avions un rôle assez limité car les étudiants
sont quand même très débrouillards et l'Insead les
aide beaucoup. Pour mon cas particulier, je louais une maison proche
du campus avec 5 autres étudiants. J'étais le seul français
et c'est vrai qu'à partir de la deuxième commande de fuel
pour la maison, c'est moi qui m'en suis occupé. Pour la première
commande, celui qui l'avait passée, avait regardé la traduction
de fuel dans le dictionnaire et il avait trouvé le mot "huile".
Il a donc voulu passer commande de 1 000 litres d'huile (rires)
ce qui a fait beaucoup rire le pompiste du coin. Sinon, je ne pense
pas que les français soient forcément les plus à
l'aise à l'Insead. A mon avis ce sont plutôt les Anglais
qui parlent dans leur langue maternelle. Cela a peut-être changé
depuis mais à mon époque c'était plutôt les
Anglais qui menaient la danse.
Vous avez gardé
des contacts avec d'anciens Insead ?
Beaucoup, sur mes quarante meilleurs amis, j'en ai connu trente à
l'Insead, et aucun à l'X (rires). Sinon, j'ai rencontré
beaucoup de gens intéressants même si je ne les revois
pas toujours régulièrement. Dans le petit monde l'Internet
par exemple, je me suis retrouvé à l'Insead en même
temps que Kevin Ryan, le fondateur de Double Click, qui est d'ailleurs
aujourd'hui marié avec une française. Je discute aussi
quelquefois avec ces anciens amis de mes difficultés ou de choix
professionnels. Lorsque j'ai créé Houra, j'avais beaucoup
de copains à l'international qui se trouvaient dans la même
dynamique que moi et nous avons échangé bon nombre de
tuyaux.
Depuis votre
cursus, l'Insead a ouvert un campus à Singapour. Si vous aviez
le choix aujourd'hui, vous choisiriez Fontainebleau ou Singapour ?
En réalité, si je devais recommencer, je ne changerais
rien, mais rien du tout !
La seule chose que je changerais, c'est peut-être la durée.
La seule amertume à la fin du cursus, c'est que cela se termine
trop vite. Mais d'un autre côté, si la durée du
MBA avait été de 16 ou 18 mois je ne me serais peut-être
pas lancé dans l'aventure.
Vous participez
à la vie des anciens élèves ?
Oui, absolument, je participe à la fois aux activités
des anciens et à la vie académique de l'école.
Je retrouve souvent des profs et je participe à des conférences.
Mais le groupe Cora dans son ensemble s'associe à la vie de l'Insead.
Vous avez créé
Houra aussitôt après l'Insead ?
Non, j'ai d'abord rejoint la Générale des eaux où
j'ai travaillé sur le développement du câble à
Perpignan notamment. Puis, j'ai intégré Suez Lyonnaise
pour lancer Multivision, leur programme de pay per view. J'ai ensuite
travaillé sur l'offre Internet par câble. C'est là
que j'ai commencé à imaginer Houra que j'ai lancé
il y a maintenant deux ans.
Y a-t-il pour
vous un esprit de corps chez les anciens Insead ?
Non, pas vraiment, en tout cas c'est très différent de
celui de l'X. Pour les anciens X, il n'y a plus d'esprit de favoritisme
mais il est d'usage, par exemple, de se tutoyer lorsque l'on se rencontre
et cela fonctionne plutôt bien. A l'Insead, la proximité
existe surtout avec les gens rencontrés ors de notre passage
à Fontainebleau. En revanche quand je négocie avec un
ancien Insead, je reconnais très vite les caractéristiques
des méthodes de négociation enseignées là-bas.
Comment cela
?
Il y a un prof de négociation à l'Insead, monsieur Dierickx,
dont le cours est absolument fantastique. Aucun étudiant ne loupe
cette cession sous aucun prétexte. Tout le monde à l'Insead
apprend les tuyaux pour bien mener une négociation et je reconnais
donc les ficelles pour faire avancer intelligemment la discussion (rires).
Il y a des
qualités caractéristiques des anciens Insead ?
L'Insead donne une importante ouverture d'esprit et une grande culture
de généraliste. Cela donne une compréhension très
large de la culture du monde des affaires.
Et pour finir
vous avez des sites préférés?
Jusqu'à très récemment je citais Allociné
et le site de la SNCF.
Je n'allais jamais au ciné sans passer par Allociné, mais
depuis quelques semaines, ils ont mis en ligne une nouvelle version
dans laquelle je ne retrouve plus rien. Pour la SNCF, c'est pareil,
le site ne fonctionne plus et je n'arrive plus à commander de
billets. J'espère que ces deux sites vont corriger ces nouveaux
défauts car leurs services me semblaient excellents. Sinon j'utilise
depuis quelques mois google
qui est un outil formidable. J'aime aussi rueducommerce
qui fonctionne très bien.
Propos recueillis
par Fabien Claire le 20 novembre
2001