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Emploi center > Publication
Le 27 novembre 2009

Dossier L'Insead

Pierre Bouriez
PDG fondateur

Houra.fr

"
Les trois-quarts de ce que j'ai appris à l'Insead me vient des autres étudiants, cristallisé ensuite par les excellents professeurs"


Après polytechnique et un début de carrière dans le marketing, Pierre Bouriez a choisi de rejoindre l'Insead pour compléter son cursus. Aujourd'hui PDG fondateur de Houra.fr, un des grands cybermarché français appartenant au groupe de la famille Bouriez, Cora, Pierre Bouriez revient sur ses années Insead.

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Emploicenter. Racontez-nous d'abord le parcours qui vous a conduit à l'Insead ?
Pierre Bouriez. J'ai commencé par l'X (84) dont je suis sorti en 1987 puis je suis parti aux Etats-Unis chez Neutrogena pour faire du marketing, ce qui n'est pas très habituel pour un X, je l'avoue. Mais c'est à ce moment là que j'ai vraiment découvert les joies du marketing. Au bout d'un an, je suis revenu en France et j'ai rejoint le groupe Otis pour une fonction commerciale liée à la maintenance. C'est après cette expérience que j'ai rejoint l'Insead.

Pourquoi avoir choisi l'Insead ?
J'avais pratiquement déjà décidé de faire un jour l'Insead dès ma sortie de l'X. Polytechnique nécessite quasi-systématiquement une formation complémentaire. Pour ma part, je préférais une formation de type MBA plutôt qu'une formation comme les Mines où j'aurais simplement réappris en couleurs ce que m'avait déjà enseigné l'X. Je voulais de l'opérationnel. Mais pour que ce MBA ait un sens, je pensais qu'il fallait que je commence à travailler auparavant. Pourquoi l'Insead ? Je connaissais déjà très bien les Etats-Unis, que j'aime beaucoup, mais je préférais rester en France plutôt que d'intégrer des institutions comme Wharton ou Harvard. L'Insead et son côté cosmopolite me séduisait, tout en ayant un niveau académique reconnu. J'étais d'ailleurs tellement convaincu que je n'ai présenté que l'Insead.

Quels souvenirs gardez-vous de votre année à Fontainebleau ?
Je garde beaucoup de très bons souvenirs sur le plan académique mais aussi sur le plan personnel. J'ai trouvé la sélection des étudiants très bien faite car l'école accueille des gens de très bon niveau bien sûr, mais qui viennent d'horizons très différents. Je pense aujourd'hui que les trois-quarts de ce que j'ai appris là-bas me vient des autres étudiants, cristallisé ensuite par les profs. Attention, les cours et les profs sont excellents, mais j'ai d'abord le souvenir du travail de groupe.

Mais vous aviez déjà connu le haut niveau de sélection en intégrant l'X. Qu'est-ce qui change à l'Insead ?
La sélection de l'X est monolithique. Nous nous ressemblons tous, même si nous nous pensons très différemment. A l'Insead, on nous fait travailler dès le début par petits groupes. Dans le mien, je travaillais avec un financier brésilien à une époque où son pays connaissait une inflation à trois chiffres, une prof de sciences-humaines anglaise, un ingénieur BTP français et un avocat anglais. Evidemment, nous ne pouvons par voir le monde de la même façon.

C'est-à-dire ?
Lorsque l'on nous présente un problème concret, l'homme de marketing y verra un problème marketing, l'avocat dira qu'en fait c'est un problème juridique et le financier ne sera pas d'accord car il considèrera qu'il s'agit d'une question financière. Lorsque l'on décortique un cas avec un pareil attelage, on prend conscience qu'il y a de multiples façons d'aborder un problème et que la bonne est celle à laquelle on croit. Ce qu'on apprend particulièrement bien, c'est la façon d'analyser les situations avant de les traiter, tout en étant conscient qu'il y avait d'autres façons d'envisager cette question.

Cela change des choses dans votre façon de travailler aujourd'hui à la tête de Houra ?
Je pense que cela m'a permis de beaucoup progresser dans ma façon d'analyser les situations. Auparavant, je fonctionnais de façon trop théorique en étant convaincu d'avoir le bonne et unique solution. Je suis toujours convaincu de ma solution aujourd'hui, mais avant de m'en persuader, j'ai analysé d'autres pistes.

Et quels souvenirs gardez-vous de la vie étudiante ?
Il s'agit de loin de la période la plus intense et la plus riche pour moi, qui n'a rien à voir avec ce que l'on connaît dans les écoles franco-françaises. C'était une période de travail mais aussi de fête, car nous habitions presque tous à proximité du campus et nous nous retrouvions très souvent entre gens de nationalités différentes.

En tant qu'étudiant français, vous aviez un rôle particulier pour aider les autres à trouver leurs repères et à s'habituer à notre pays ?
Nous avions un rôle assez limité car les étudiants sont quand même très débrouillards et l'Insead les aide beaucoup. Pour mon cas particulier, je louais une maison proche du campus avec 5 autres étudiants. J'étais le seul français et c'est vrai qu'à partir de la deuxième commande de fuel pour la maison, c'est moi qui m'en suis occupé. Pour la première commande, celui qui l'avait passée, avait regardé la traduction de fuel dans le dictionnaire et il avait trouvé le mot "huile". Il a donc voulu passer commande de 1 000 litres d'huile (rires) ce qui a fait beaucoup rire le pompiste du coin. Sinon, je ne pense pas que les français soient forcément les plus à l'aise à l'Insead. A mon avis ce sont plutôt les Anglais qui parlent dans leur langue maternelle. Cela a peut-être changé depuis mais à mon époque c'était plutôt les Anglais qui menaient la danse.

Vous avez gardé des contacts avec d'anciens Insead ?
Beaucoup, sur mes quarante meilleurs amis, j'en ai connu trente à l'Insead, et aucun à l'X (rires). Sinon, j'ai rencontré beaucoup de gens intéressants même si je ne les revois pas toujours régulièrement. Dans le petit monde l'Internet par exemple, je me suis retrouvé à l'Insead en même temps que Kevin Ryan, le fondateur de Double Click, qui est d'ailleurs aujourd'hui marié avec une française. Je discute aussi quelquefois avec ces anciens amis de mes difficultés ou de choix professionnels. Lorsque j'ai créé Houra, j'avais beaucoup de copains à l'international qui se trouvaient dans la même dynamique que moi et nous avons échangé bon nombre de tuyaux.

Depuis votre cursus, l'Insead a ouvert un campus à Singapour. Si vous aviez le choix aujourd'hui, vous choisiriez Fontainebleau ou Singapour ?
En réalité, si je devais recommencer, je ne changerais rien, mais rien du tout !
La seule chose que je changerais, c'est peut-être la durée. La seule amertume à la fin du cursus, c'est que cela se termine trop vite. Mais d'un autre côté, si la durée du MBA avait été de 16 ou 18 mois je ne me serais peut-être pas lancé dans l'aventure.

Vous participez à la vie des anciens élèves ?
Oui, absolument, je participe à la fois aux activités des anciens et à la vie académique de l'école. Je retrouve souvent des profs et je participe à des conférences. Mais le groupe Cora dans son ensemble s'associe à la vie de l'Insead.

Vous avez créé Houra aussitôt après l'Insead ?
Non, j'ai d'abord rejoint la Générale des eaux où j'ai travaillé sur le développement du câble à Perpignan notamment. Puis, j'ai intégré Suez Lyonnaise pour lancer Multivision, leur programme de pay per view. J'ai ensuite travaillé sur l'offre Internet par câble. C'est là que j'ai commencé à imaginer Houra que j'ai lancé il y a maintenant deux ans.

Y a-t-il pour vous un esprit de corps chez les anciens Insead ?
Non, pas vraiment, en tout cas c'est très différent de celui de l'X. Pour les anciens X, il n'y a plus d'esprit de favoritisme mais il est d'usage, par exemple, de se tutoyer lorsque l'on se rencontre et cela fonctionne plutôt bien. A l'Insead, la proximité existe surtout avec les gens rencontrés ors de notre passage à Fontainebleau. En revanche quand je négocie avec un ancien Insead, je reconnais très vite les caractéristiques des méthodes de négociation enseignées là-bas.

Comment cela ?
Il y a un prof de négociation à l'Insead, monsieur Dierickx, dont le cours est absolument fantastique. Aucun étudiant ne loupe cette cession sous aucun prétexte. Tout le monde à l'Insead apprend les tuyaux pour bien mener une négociation et je reconnais donc les ficelles pour faire avancer intelligemment la discussion (rires).

Il y a des qualités caractéristiques des anciens Insead ?
L'Insead donne une importante ouverture d'esprit et une grande culture de généraliste. Cela donne une compréhension très large de la culture du monde des affaires.

Et pour finir vous avez des sites préférés?
Jusqu'à très récemment je citais Allociné et le site de la SNCF. Je n'allais jamais au ciné sans passer par Allociné, mais depuis quelques semaines, ils ont mis en ligne une nouvelle version dans laquelle je ne retrouve plus rien. Pour la SNCF, c'est pareil, le site ne fonctionne plus et je n'arrive plus à commander de billets. J'espère que ces deux sites vont corriger ces nouveaux défauts car leurs services me semblaient excellents. Sinon j'utilise depuis quelques mois google qui est un outil formidable. J'aime aussi rueducommerce qui fonctionne très bien.

Propos recueillis par Fabien Claire le 20 novembre 2001

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