Patrick Semtob a été récemment nommé DRH
de Steria,
une SSII trentenaire qui est devenue une entreprise de premier plan
parmi les acteurs français du secteur. Steria compte, depuis
le rachat des activités de services européennes du groupe
Bull, 10 000 collaborateurs en Europe. Précédemment
DRH de Sema, Patrick Semtob va devoir gérer l'intégration
des équipes de Bull Europe alors qu'il a lui-même été
DRH du groupe informatique français au cours de sa carrière.
A la veille d'une période clef de sa croissance, puisque l'intégration
sera effective à compter du 1er janvier prochain, Patrick Semtob
parle du management RH du groupe, du contexte du marché et de
la crise conjoncturelle qu'il considère comme un "trou d'air"
du marché.
Propos
recueillis par Fabien Claire
le 7 décembre 2001.
Emploicenter : que
représente aujourd'hui Steria sur le marché français
?
Patrick Semtob. Au 1er
janvier, c'est-à-dire après l'intégration des équipes
de Bull Europe, le groupe dans son ensemble représentera un chiffre
d'affaires de 1,2 milliards d'euros pour 10 000 salariés.
Il s'agit d'un groupe jeune avec une moyenne d'âge de 33 ans.
Nous serons présents dans 12 pays européens. La France
représente la moitié des effectifs soit 5 000 personnes
environ. Nous sommes organisés sous forme de centres de profits
d'une centaine de personnes dont le fonctionnement reste très
autonome. L'entreprise est structurée de façon décentralisée
avec une organisation générale par grands secteurs de
marché qui regroupent eux-mêmes des secteurs de marché
plus pointus dans lesquels prennent place nos centres de profits.
Le groupe Steria
est-il encore aujourd'hui dans une phase de recrutement ?
Absolument, nous prévoyons
de recruter 2 000 collaborateurs pour l'année 2002 dont
la moitié sur le marché français. Ce sont essentiellement
des consultants, des ingénieurs de développement débutants
et expérimentés, des chefs de projet senior, des architectes
réseaux et des experts sécurité.
Ressentez-vous les
conséquences de la détente sur le marché de l'emploi
high-tech ?
Nous recevons aujourd'hui
environ trois fois plus de candidatures spontanées que l'année
dernière à la même époque soit environ 2
000 candidatures chaque mois aussi bien de débutants que de professionnels
confirmés. Je pense que cet afflux est lié à la
fois à la conjoncture mais aussi à la notoriété
du groupe qui s'est considérablement accrue récemment.
Il est probable que certains des confirmés qui s'adressent à
nous aujourd'hui ne nous auraient pas écrit il y a un an car
ils nous connaissaient peut-être moins. Nous affichions un taux
de croissance de 41% à la fin du mois de septembre, ce qui doit-être
la meilleure performance du marché français. Le doublement
de la taille du groupe au 1er janvier prochain leur ouvre en outre la
perspective d'une expérience internationale.
La gestion d'un tel
afflux de candidatures ne vous pose pas de problèmes de gestion
?
Non, la vraie difficulté
pour nous serait de ne pas recevoir suffisamment de candidatures. Le
flux abondant n'est pas un problème. Nous centralisons les candidatures
qui sont ensuite immédiatement réparties au sein des business
units. L'objectif est de proposer un contrat de travail en moins de
deux semaines au candidat dont le profil nous intéresse. Il passe
un entretien RH puis un entretien d'ordre technique à l'issue
duquel nous pouvons lui proposer un contrat de travail.
Les 1 000 postes
que vous allez proposer en France cette année concernent-ils
l'ensemble de vos structures sur le territoire ?
Je dirais approximativement
qu'un tiers des postes devraient être offerts en province et les
deux autres tiers en région parisienne.
Enregistrez-vous
une détente dans les prétentions salariales des candidats
?
C'est effectivement incontestable,
mais il est encore un peu tôt pour chiffrer la détente
sur les packages de rémunérations par profils. Un profil
rare reste cher et nous manquons encore de recul pour chiffrer précisément
cette évolution.
Quel est votre regard
sur le marché informatique actuel ?
Le ralentissement global du
marché est important même si nous continuons nous-mêmes
à croître fortement. L'inflation sur les conditions de
recrutement a disparu et nous retrouvons un nombre important de collaborateurs
qui nous avaient quittés et qui veulent se retrouver dans un
groupe stable en croissance. Les gens auxquels on a fait miroiter des
stock-options, qui se retrouvent aujourd'hui sans rien et qui perdent
parfois leur job, souhaitent avant tout retrouver de la stabilité.
De quel oeil voyez-vous
revenir ces anciens salariés infidèles ?
Nous sommes tout à
fait satisfaits de leur retour et par nature très ouverts à
ce type de démarche. Ce n'est pas parce que quelqu'un est parti
que nous ne souhaitons plus voir cette personne travailler pour nous.
Toute expérience est bonne et contribue à la maturité
des personnes. Par ailleurs, il s'agit de gens qui ont accepté
de prendre un risque dans leur parcours or, c'est une qualité
que nous apprécions beaucoup chez Steria.
Sommes-nous rentrés
selon-vous dans une crise durable ?
Pour l'heure, je parlerais
plutôt de trou d'air sur le marché. La pente s'est inversée
avant l'été et les événements du 11 septembre
ont accéléré le processus. Il s'agit d'un passage
même si le choc a été assez profond à partir
d'octobre. La question est de savoir quand cela pourra reprendre. Nous
pensons que cela repartira pour le deuxième semestre de l'année
prochaine parce que toutes les organisations qui souhaitent améliorer
leur efficacité ont besoin d'un système d'information
ad hoc.
Comment doit se dérouler
l'intégration des équipes Bull en Europe à partir
de janvier prochain ?
Dès le début
du mois de janvier les équipes de Bull services Europe rejoindront
Steria avec des organisations déjà préparées
et des objectifs clairs ont déjà été définis.
Nous déclinerons pour chacun des 10 pays concernés une
organisation en secteurs de marché et en centres de profits comme
dans le reste du groupe.
Comment avez-vous
préparé les équipes à cette évolution
très importante ?
Nous les avons rencontrées
et nous avons conçu avec eux les nouvelles organisations. Tous
ceux que j'ai rencontrés considèrent que rejoindre un
groupe en croissance est un espoir extraordinaire. Dès le mois
de janvier, nous allons former les managers de Bull aux modes de fonctionnement
de Steria. Ensuite, au premier semestre 2002, nous allons créer
une école de management pour l'ensemble du groupe qui couvrira
à la fois le développement e-business, la gestion RH et
la gestion stricto-sensu. Certains modules seront locaux et d'autres
auront un contenu transnational. Nous allons également créer
une école des ventes.
Il n'y a aucune réduction
d'effectifs en vue pour ces équipes ?
Non, Bull a opéré
des réductions d'effectifs cette année mais nous n'intervenons
pas dans ces opérations. Notre prise de contrôle ne sera
effective qu'au premier janvier prochain.
Quel a été
l'accord mis en place au sein du groupe pour les 35 heures ?
Pour moi cela n'a rien d'essentiel,
tout ce que je peux dire avec le recul c'est que cela coûte énormément
d'argent aux entreprises françaises, tout en leur faisant perdre
de la compétitivité et je crains que nous ne soyons pas
prêts à l'absorber. Nous aurions dû au moins l'étaler
dans le temps, mais ça n'a pas été la solution
retenue par madame Aubry. Le problème est particulièrement
sérieux pour une activité de service car la réduction
du temps de travail correspond immédiatement à une baisse
de la richesse produite par cette entreprise.
Le contexte boursier
très agité n'est-il pas un problème dans une entreprise
cotée dont les salariés possèdent 37% du capital
?
Certes, le contexte boursier
n'est pas très bon, mais la plupart de nos salariés ont
acheté leurs titres à un cours très très
inférieur au niveau du cours actuel du titre Steria. On sait
que la bourse est dans un creux et qu'elle doit remonter, mais je ne
pense pas que cela constitue une véritable préoccupation
car tout le monde sait ce qu'est un creux boursier et nos équipes
savent ce que la réussite de l'intégration des équipes
de Bull pourra apporter au parcours boursier du titre Steria. L'objectif
est de montrer des signes de profitabilité très positifs
suite à l'intégration dès l'année prochaine.
Sur la formation
maintenant, utilisez-vous le e-learning au sein du groupe ?
Très peu alors que
c'est une source de formation très souple, économique
et très bien adapté aux formations techniques pour des
ingénieurs qui disposent de quelques heures libres par-ci par-là.
Je souhaite donc développer cette forme d'apprentissage dans
un proche avenir..
Pour finir, vous
êtes vous-même un grand utilisateur de l'Internet ?
Je l'utilise quotidiennement,
dès que je me pose une question, je recherche l'information sur
Internet. Mais je n'ai pas de site de prédilection, je cherche
principalement à satisfaire mes besoins ponctuels pour chaque
recherche.
Patrick Semtob, 50 ans, est titulaire
d'un DESS de gestion des ressources humaines complété
par une formation aux Etats-unis, en Grande-Bretagne et en Asie. Après
avoir débuté sa carrière comme chef du personnel
du groupe Siplast, il a ensuite occupé les fonctions de DRH chez
Schlumberger, puis chez Bull Europe et au sein du groupe Matra Marconi
Space. Depuis le début 1998, il était DRH du groupe SEMA.
Il a pris en charge la DRH du groupe Steria en octobre dernier et siège
au comité exécutif du groupe.