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Le Computer Systems Policy
Project ou CSPP, qui regroupe les dirigeants des plus grandes sociétés
informatiques américaines (comme Dell, IBM, Hewlett-Packard, Unisys, Motorola
ou EMC), a présenté mercredi 7 janvier un ensemble de recommandations
à destination des législateurs du Congrès américain,
dans un rapport qui appuie sur la nécessité de maintenir grandes
ouvertes les frontières commerciales pour conserver la compétitivité
des entreprises locales.
Ceci intervient alors que le Congrès avait exprimé
son inquiétude sur la chute de l'emploi high-tech aux Etats-Unis
au profit de travailleurs "offshore". Le CSPP cherche
donc à identifier les mécanismes qui pourraient
sauvegarder ses emplois... tout en rassemblant des fournisseurs
qui, pour certains d'entre eux, délocalisent
justement leur activité en Orient et suppriment des emplois
aux Etats-Unis...
Libéralisme à
outrance
Partant du constat que
les Etats-Unis ont tendance à prendre des mesures protectionnistes pour
se protéger du ralentissement économique, le rapport suggère
que "toute barrière au commerce établie par les Etats-Unis
est une atteinte à la concurrence globale et peut mener nos partenaires
commerciaux à répliquer par des mesures de rétorsions et
même par une guerre commerciale. Ceci ne peut que freiner l'économie
générale et réduire le volume de l'emploi national".
Le CSPP ajoute également dans son document que la forte pression sur les
prix contraint les sociétés high tech à délocaliser
"pour rester au plus près de la demande des clients et être
ainsi capable de répondre à leurs attentes 24 heures sur 24".
Et c'est
bien sur ce dernier point que le bât blesse. Si l'avantage
concurrentiel sur les prix est reconnu par tous, il ne suffit
pas à masquer un inconvénient déterminant
de la sous-traitance à l'étranger : le décalage
culturel et linguistique, qui peut conduire, tôt ou tard,
à des incompréhensions vis à vis des clients,
engendrant un impact négatif sur la qualité des
produits et des services, et à terme sur l'image même
de la marque.
C'est ce qui s'est passé pour Dell. A la suite de nombreuses plaintes de
clients sur la mauvaise qualité de l'accueil et des services fournis par
les centres de support implantés en Inde, le constructeur a décidé,
en novembre 2003, d'en rapatrier deux d'entre eux aux Etats-Unis ; remettant ainsi
en cause la démarche de délocalisation que son président
continue de défendre au travers du "policy project".
Délocalisation
croisée
Mais le rapport
du CSPP ne se contente pas de promouvoir la libre concurrence ; il incite le gourvernement
à mieux éduquer et former les travailleurs américains…
pour qu'il soit possible sans difficulté de trouver sur le territoire américain
les compétences recherchées en Inde ou en Chine. Un argument qui
oublie curieusement le fait que la délocalisation est avant tout liée
à une logique de réduction de coûts grâce aux salaires
moins élevés de la main d'oeuvre.
"Un grand nombre de travailleurs dans les pays et les sociétés
étrangères sont très qualifiés, ce qui constitue un
challenge" peut-on lire. "les américains qui pensent que les
travailleurs étrangers sont beaucoup moins compétents, qualifiés
et créatifs que ceux des Etats-Unis se trompent ". D'où la
nécessité de relever le défi.
Joseph
Crowley, dirigeant d'une délégation du Congrès chargé
d'évaluer le niveau de l'industrie high-tech indienne, cité par
News.com, rejoint le point de vue de la CSPP : il suggère une sorte de
délocalisation croisée des flux de personnel entre les entreprises
américaines et indiennes, ceci pour combler le marché de l'emploi
des deux côtés.
Partant du principe que les sociétés étasuniennes continueront
à venir en Inde pour y trouver du personnel bon marché, il propose
de faciliter l'implantation d'entreprises indiennes souhaitant se développer
aux Etats-Unis, et qui, par conséquent embaucheront des américains.
L'équilibre serait donc rétabli !
Et pendant ce temps, la
liste des sociétés qui délocalisent s'allonge
: AOL est parti embaucher des programmeurs au Bangalore (Inde)
après avoir licencié 450 développeurs en
Californie ; IBM a annoncé la création de plusieurs
milliers d'emploi outre-mer avec en ligne de mire une désagréable
contre-partie pour les salariés américains ; EarthLink
vient d'annoncer 1 300 licenciements et l'externalisation de ses
activités vers des sociétés nationales et
étrangères… et s'ajoutent aussi Hewlett-Packard,
Oracle, Google et Yahoo qui font déjà des promesses
au continent indien.
[Philippine
Arnal, EmploiCenter]
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