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Bernard Ayrault
Directeur
ENST Bretagne
"Toutes
les entreprises sont concernées par la transmission d'informations
numériques"
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Avec "seulement" vingt-cinq années
d'existence, l'ENST Bretagne fait figure de jeune école par rapport
à son homologue parisienne. Membre du GET (le groupe des écoles
des Télécommunications), l'école d'ingénieur
brestoise défend ses spécificités : une orientation
marquée de son cursus vers l'international et un campus où
se côtoient des étudiants de 42 nationalités. Son directeur
explique sa stratégie pour défendre l'image de l'école
et défend la pertinence de sa formation malgré la crise actuelle
qui ébranle le secteur des Télécoms.
EmploiCenter. Quels sont
les liens entre l'ENST de Brest et l'école parisienne ?
Bernard Ayrault. Nous appartenons
à la même famille des grandes écoles et nous recrutons
nos étudiants par le biais du même concours : le concours commun
Mines, Ponts et Télécoms. Nous sommes également membres
du GET, le groupes des écoles des Télécommunications.
Pour résumer, disons que nous avons des rapports de petit frère
à grand frère et nous avons toujours évolué
dans la même mouvance. Nos deux ENST et l'INT réunis forment
environ un millier d'ingénieurs chaque année, soit davantage
que l'UTC, l'Insa de Lyon ou encore d'avantage que le Cnam
Quelles sont les formations
proposées par l'ENST Bretagne ?
Nous sommes en train de devenir
une école globale avec une montée en puissance de la formation
continue mais aussi de la recherche. Ces missions s'ajoutent à
notre mission originelle de formation supérieure et nous permettent
d'interagir de plus en plus avec le tissu économique régional.
Concrètement,
quelles sont les filières proposées ?
Notre filière phare reste
le cursus d'ingénieur, avec environ 200 diplômés par
an. Les deux tiers sont issus de classes préparatoires et un autre
tiers est issu d'admissions sur titre d'étudiants possédant
une maîtrise scientifique. A côté de ce diplôme,
nous avons mis en place une dizaine de masters spécialisés
de la conférence des grandes écoles, qui représentent
une centaine de diplômés chaque année. Ce sont des
gens qui disposent déjà d'un important background et qui
souhaitent en général acquérir une double compétence.
Par ailleurs, comme les autres écoles des télécoms,
nous sommes en train de développer des masters of science avec
un enseignement dispensé en anglais. Nous avons également
cinq programmes de DEA en partenariat avec plusieurs autres universités
ainsi que des doctorats pour la partie recherche.
Et pour la formation
continue ?
Nous sommes en train de développer
des filières de formation continue. Nous avons débuté
l'an dernier avec la mise en place d'une formation d'ingénieur
par apprentissage, en partenariat avec l'union des industriels de la métallurgie
(UIMM). Elle s'adresse aux élèves venus d'IUT.
Pourquoi un partenariat
avec l'industrie métallurgique, à priori bien loin des Télécoms
?
Cet éloignement n'est qu'apparent.
En fait, il s'agit de la composante la plus importante du Medef, dans
laquelle on trouve des entreprises comme Alcatel ou Thomson. Par ailleurs,
nous mettons en place toute une série de partenariats avec des
établissements étrangers. Nous avons un master spécialisé
avec l'Université mexicaine ITAM et nous sommes également
en pourparlers avec des établissements chinois et marocains pour
mettre en place des accords similaires. Une classe préparatoire
au concours a également été créée au
Maroc.
Recevez-vous des étudiants
étrangers sur votre campus de Brest ?
30% des étudiants sont
étrangers, soit environ 300 personnes venues de quarante-deux pays
différents. Ces étudiants sont présents dans tous
les cycles d'enseignement. Bien sûr, nous avons de nombreux étudiants
maghrébins venus des classes préparatoires créées
en Afrique du Nord, mais aussi des Mexicains, des Chinois et des Espagnols.
Nous travaillons désormais à développer des liens
avec les pays d'Europe Centrale.
Et quelle est la part
de l'International dans vos cursus ?
Depuis quinze ans, tous nos élèves
ingénieurs doivent effectuer au moins deux mois de stage à
l'étranger. Mais près de 15% des étudiants de chaque
promotion effectuent une troisième année entièrement
à l'étranger et deux étudiants sur trois passent
au moins un semestre à l'étranger au cours de leur cycle
d'ingénieur.
La fin de l'eldorado
dans les télécoms a-t-elle eu des conséquences pour
vous ?
Bien sûr, mais nous savions
que la période d'euphorie ne durerait pas. D'ailleurs, tous les
autres secteurs industriels ont déjà connu des crises semblables.
Mais le traumatisme est particulièrement important pour le secteur
télécom, qui vit lui sa première réelle crise.
Notre objectif est de préparer davantage encore
nos étudiants à
exercer leurs compétences ailleurs que chez les seuls opérateurs
de télécommunications. Mais il s'agit déjà
d'une réalité, car nous trouvons beaucoup d'anciens ENST
dans d'autres secteurs que les télécoms.
Lesquels ?
Toutes les entreprises sont concernées
par la transmission d'informations numériques. Les besoins sont
particulièrement importants dans le secteur Banque-assurance, dans
le secteur de la santé et dans les métiers de l'environnement.
Le parrain de notre dernière promo était par exemple Michel
Pébereau, le président du groupe BNP-Paribas. Le réel
coeur de métiers de nos ingénieurs, c'est le traitement
de l'information et la prise de décisions en avenir incertain.
Les débouchés dans la santé sont également
de plus en plus nombreux. Nous sommes d'ailleurs la seule formation non-médicale
à disposer d'un labo commun avec une faculté de médecine.
Pour l'environnement marin, nous avons des relations étroites avec
l'Ifremer, située à proximité de notre campus. L'observation
de la planète et la sismologie nécessitent, elles-aussi,
des compétences en traitement de signal et en acoustique.
Mais concrètement
quelle est la situation de vos jeunes diplômés sur le marché
de l'emploi?
Comme les autres écoles,
nous mesurons un ralentissement du marché. Nos étudiants
ne croulent plus sous les offres et leur entrée dans le monde du
travail est un peu plus longue. Les entreprises sont un peu moins nombreuses
à participer à notre forum entreprises, qui reste toutefois
le plus important de la région Grand Ouest. Alcatel, par exemple,
manquait à l'appel pour la deuxième année consécutive.
Quelles stratégies
adoptent vos étudiants face à cette situation ?
Certains d'entre eux choisissent
de prolonger leurs études. C'est un phénomène que
nous rencontrons de manière habituelle lors de chaque période
de ralentissement économique. Quelques-uns d'entre eux entament
une thèse, alors que d'autres préfèrent en profiter
pour se former au management.
Que leur conseillez-vous
personnellement ?
Je pense qu'ils auraient tout
intérêt à opter pour l'année que nous proposons
sous le nom d'année jeune ingénieur. Il s'agit d'un stage
d'une année à effectuer en entreprise, si possible à
l'étranger. Cette année s'insère dans le cursus entre
la deuxième et la troisième années. Le profil du
jeune ingénieur qui a passé un an à l'étranger
est quasiment idéal, même aujourd'hui, pour aborder le marché
du travail. A mon avis, il est en revanche préférable pour
ces étudiants d'attendre quelques années avant d'effectuer
une formation managériale. Une certaine expérience leur
donnera une meilleure grille d'analyse.
La crise des télécoms
a-t-elle des conséquences sur le nombre d'inscrits ?
Le nombre de candidats au concours
commun a augmenté de 2% cette année. En revanche, nous avons
constaté une baisse du choix des télécoms dans les
fiches de préférences remplies pas les candidats au concours.
Mais à l'inverse, nous avons
de plus en plus de candidats venus du Maghreb, en particulier du fait
de la mise en place de classes préparatoires en Afrique du Nord.
Avec l'ENST Paris, nous avons aujourd'hui davantage de candidats étrangers
que toutes les autres écoles du concours commun.
Quelles sont les infrastructures
réseaux dont disposent les étudiants le campus ?
Nous avons la chance d'être
situés en bord de mer sur un campus de 23 hectares sur lequel logent
la plupart des étudiants. Nos étudiants ont un accès
direct au réseau Renater, ils en abusent même un peu quelquefois!
Tous les étudiants ont accès à notre centre de calcul
et nous sommes actuellement en train de tester du Wi-fi. Nous avons un
millier d'ordinateurs connectés sur le réseau, auxquels
s'ajoutent 450 à 500 ordinateurs personnels connectés depuis
la résidence des élèves.
Peu-on parler d'esprit
de corps à l'Enst Bretagne ?
Oui, mais cet esprit est encore
assez limité, car les plus âgés de nos anciens étudiants
ont aujourd'hui entre 40 et 45 ans pour des promotions de 35 élèves.
Nous n'avons donc pas de réseau comparable à celui d'écoles
centenaires dont les anciens, devenus retraités, continuent à
oeuvrer pour leur école.
Quelles sont pour vous
les principales qualités de vos élèves ingénieurs
?
A mon avis, nos étudiants
sont très bien formés sur le plan technique et disposent
d'une excellente capacité d'adaptation. Ce sont aussi des jeunes
gens très ouverts à l'international et qui sont habitués
à travailler dans un contexte international. Peut-être sont-ils
quelque fois un peu trop modestes par rapport à leurs homologues
parisiens. Nous avons aussi une majorité d'étudiants très
engagés dans la vie associative. J'ai par exemple actuellement
une équipe qui travaille avec Ingénieur sans frontière
à la mise en place d'une station terrienne pour la réception
de télécommunications spatiales en plein coeur du Sahel
avec très peu de moyens.
Propos recueillis
par Fabien Claire, le 14 avril
2003
Diplômé de l'école
polytechnique (X63), Bernard Ayrault est également docteur d'Etat
de l'université Paris VI, Pierre et Marie Curie. Il débute
sa carrière en 1963 comme chercheur au Centre National d'Etude
des Télécommunications. En 1970, il devient professeur à
l'ENST Paris, dont il est nommé successivement directeur de la
recherche puis directeur de la formation. En 1996, Bernard Ayrault est
nommé directeur de l'ENST Bretagne.
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