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Jean-Louis Scaringella
Directeur général
ESCP-EAP
"La
mondialisation, ce n'est pas l'uniformisation du management, au
contraire "
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L'ESCP, aujourd'hui ESCP-EAP, figure toujours aux premières loges
dans les traditionnels classements des écoles de Management. Jean-Louis
Scaringella préside aux destinées de l'école depuis
1999 après avoir dirigé successivement l'ISA et le groupe
HEC. Acteur très engagé dans la sphère des écoles
de management, il expose sa stratégie pour le groupe ESCP-EAP et
revient sur les valeurs managériales véhiculées par
l'enseignement de l'école.
EmploiCenter. Pourriez-vous
d'abord nous rappeler en quelques mots l'histoire de l'ESCP-EAP ?
Jean-Louis Scaringella. On le sait peu, mais l'ESCP est certainement
la plus ancienne des écoles de commerce françaises et probablement
du monde. L'école a été créée en 1819
par un industriel lyonnais du nom de Vital-Roux. Nous sommes alors au
tout début de la révolution industrielle et les premiers
industriels souhaitaient la naissance d'une école de commerce sur
le modèle des écoles d'ingénieurs créées
quelques années plus tôt : Polytechniques, Les Mines
et les Art et métiers
Quelle est l'origine
du mariage ESCP-EAP en 1999 ?
En 1998, notre mère commune la CCIP,
s'est interrogée sur le moyen d'augmenter la performance de ses écoles
supérieures de management à l'international. Le rapprochement
est apparu comme naturel entre la parisienne ESCP et l'EAP qui présentait
la particularité d'être implanté sur quatre campus européens
: Paris, Madrid, Berlin et Oxford. Le campus britannique devrait d'ailleurs
prochainement être déplacé à Londres. La fusion
est effective depuis septembre 1999.
L'ESCP-EAP est
l'une des dernières écoles à avoir conservé
l'appellation ESC. N'envisagez-vous pas de changer de nom pour simplifier
la suite de sigles ESCP-EAP ?
L'ESCP porte son nom depuis sa création. La question s'est posée
au lendemain de la fusion et nous avons préféré conserver
les deux noms car nos deux écoles, l'ESCP et l'EAP, disposent chacune
d'un réseau d'anciens élèves fort et particulièrement
actif. Par exemple, l'EAP est très bien implantée en Allemagne
où elle a le statut d'université alors que l'ESCP est une
référence en France. Nous avons souhaité capitaliser
sur les images de ces deux institutions en choisissant de ne pas abandonner
leurs noms. En revanche, nous avons créé la signature European
School of Management qui désigne très clairement notre positionnement
académique.
Vous n'envisagez
donc pas de changement de nom à court terme ?
Non, absolument pas. Et je pense que le nom d'ESCP-EAP nous permet de
conserver une trace visible de l'étape majeure que représente
la fusion les deux groupes.
Quelles sont,
dans les grandes lignes, les formations proposées par l'ESCP-EAP ?
Pour les formations diplômantes, nous avons bien-sûr le cursus
Grande Ecole que nous appelons European Master's Program qui se déroule
sur trois ans ou quatre ans selon que nos élèves choisissent
ou non de passer une année en alternance. 2.000 étudiants
environ suivent ce cursus dont une moitié d'étudiants non
français. La plupart d'entre-eux font le choix de passer une année
en alternance. Nous avons également nos programmes MBA avec un
MBA Executive, un MBA plein temps en anglais où l'on trouve 20
nationalités différentes chez les étudiants et seulement
20 % de français. Le dernier programme est un Global MBA en
partenariat avec trois autres business schools. Nos MBA comptent au total
300 participants. Nous proposons également une série de
16 Mastères spécialisés dont un mastère sur
le e-business et un autre sur le management de projets internationaux
avec 500 étudiants au total. La dernière filière
est celle du Master's in European Business qui offre une formation généraliste
au management et qui peut être suivi sur deux campus différents.
Nous avons à ce jour 200 étudiants dans ce master's
Et du côté
de la recherche?
Je peux vous livrer un scoop ! Nous allons créer un programme PHD
en septembre 2003 pour une très petit nombre de futurs chercheurs
spécialisés sur le management en Europe.
Qu'est-ce qui,
selon-vous, caractérise l'enseignement de l'ESCP-EAP ?
Nous cultivons une conception toute particulière du management
d'entreprise. A l'heure de la mondialisation, les entreprises peuvent
vendre leurs produits à travers le monde. Cependant, nous sommes
convaincus que la performance maximale pour l'entreprise viendra de la
confrontation des cultures à l'intérieur de l'organisation.
Ce n'est pas en répliquant partout le même mode de management
qu'elles atteindront l'efficacité maximum. La mondialisation n'est
pas l'uniformisation du management et pourrait même tendre à
revivifier les diversités culturelles. Notre objectif est d'apprendre
l'efficacité à nos étudiants dans des contextes très
divers.
Que voulez-vous
dire ?
Prenez par exemple la gestion des ressources humaines : la composante
humaine est déterminante dans ce domaine et l'on ne peut imaginer
gérer les RH de façon uniforme en Inde, aux Etats-Unis ou
en Grande-Bretagne. Vous constatez le même phénomène
avec le marketing : la relation au consommateur dépend beaucoup
des normes et systèmes sociaux d'une société. Evidemment,
il existe un corpus commun de management, même il ne doit pas être
repris partout à l'identique. Nous voulons transmettre cette conviction
à nos étudiants.
Les traditionnels
classements des meilleures écoles sont nombreux en ce début
d'année. Que pensez-vous de leur rôle dans la compétition
entre écoles ?
Je trouve beaucoup d'intérêt à ces classements, même
si leurs méthodes sont hétérogènes et parfois
discutables. Ils nous apportent un regard externe et constituent une très
forte invitation à surveiller en permanence le regard de l'extérieur
sur nous. Cependant la compétition entre écoles est devenue
internationale et j'attache donc davantage d'intérêt aux
classements à portée internationale.
Quels sont vos
classements internationaux les plus récents ?
Nous avons par exemple été classés en 22ème
position dans le monde pour notre MBA Executive par le Financial Times.
Je vous avoue que ce classement a davantage de portée que notre
première place sur le marché français pour le même
Financial Times.
Beaucoup d'anciens
de l'ESCP-EAP se sont lancés dans la création d'activités
Internet lors de la période d'euphorie autour des dotcoms. Comment
avez-vous vécu cette période ?
Cela a créé un authentique bouillonnement intellectuel chez
nos étudiants, comme chez nos enseignants d'ailleurs. Cette période
a également remis en avant l'esprit d'entreprise, ce dont je me
réjouis vivement. Les échecs ont bien sûr été
nombreux, mais il reste à l'inverse des entreprises devenues solides.
Disposez-vous
d'une structure d'incubation au sein de l'école ?
Nous avons récemment mis en place un incubateur académique
géré en partenariat par l'école et l'association
des anciens.
Quelle place
faites-vous aux NTIC au sein de l'école ?
Les TIC qui, à mon sens, ne sont plus si nouvelles, sont très
présentes dans la vie quotidienne des élèves comme
des enseignants. Nous disposons à la fois d'un intranet administratif
et d'un intranet pédagogique. Le premier permet à l'étudiant
de gérer son dossier, de consulter ses notes ou encore de choisir
ses options. L'intranet pédagogique est utilisé par les
enseignants pour la mise en ligne de cours, d'exercices ou bien d'examens
à passer directement en ligne. Quelques cours fonctionnent très
bien en mode e-learning: je pense notamment à des cours de statistiques.
Disposez-vous
de moyens de connexion sans-fils ?
Pour l'instant les étudiants peuvent se connecter de différentes façons
: par les bornes disposées un peu partout dans nos locaux, dans les salles
informatiques en libre-service, dans leur chambre à la résidence étudiante
et en salles de cours. Nous avons beaucoup investi dans ces infrastructures
lors de la fusion et je pense que nous ne serions pas parvenus à
faire fonctionner notre école sur ses 4 pôles si nous n'avions
pas eu une infrastructure Intranet adaptée. Prochainement, nous
allons déployer une infrastructure Wifi dans le foyer de l'école.
Quelles qualités
particulières attendez-vous des étudiants candidats à
l'intégration de ESCP-EAP ?
Nous attachons beaucoup d'importance à la capacité des candidats
à s'intégrer dans un environnement multiculturel. C'est
surtout lors de l'entretien pour le concours d'admission que nous cherchons
à évaluer cette capacité d'ouverture du candidat.
Les corollaires naturels sont l'adaptabilité et l'ouverture d'esprit.
Nous attendons également de nos étudiants une réelle
capacité à piloter leurs vies professionnelles et personnelles.
Nous attendons qu'ils soient capables d'arbitrer entre les multiples combinaisons
de cours que nous leur offrons pour conduire leur propre projet de carrière.
Les difficultés
économiques actuelles ont-elles modifié les filières
de prédilection de vos étudiants ?
Non, pas du tout. Je constate une grande stabilité tendancielle
dans les secteurs choisis. Nous avons peut-être eu l'année
dernière un peu moins de monde vers la banque d'affaires, mais
les secteurs dominants comme le marketing ou l'audit restent très
présents dans les choix de nos diplômés.
Leur entrée
sur le marché du travail n'est-elle pas plus difficile ?
Je ne le pense pas et notre dernier forum emploi qui se déroulait
il y a quelques jours a été un succès avec une remarquable
stabilité du nombre d'entreprises présentes cette année
par rapport aux années passées.
Quelles seraient
pour vous les principales qualités de vos étudiants ?
Je suis personnellement frappé par le grand positivisme de nos
étudiants. Très ouverts à l'extérieur, un
grand nombre d'entre eux n'hésitent plus à débuter
leur carrière par une expérience à l'étranger.
Ils sont aussi beaucoup plus réalistes sur leurs choix et ils se
sont préparés mentalement à la réalité
du monde du travail. Je les crois également plus modestes que ceux
que nous pouvions croiser il y a 10 ou 20 ans.
Comment expliquez-vous
cette évolution ?
Je pense que l'importance des stages et la grande proportion d'étudiants
qui choisissent de passer une année en alternance en entreprise
leur donne une vision beaucoup plus fidèle de la réalité.
Et quels seraient
leurs défauts caractéristiques ?
Nos étudiants sont peut-être des gens exigeants vis-à-vis
de leur employeur. Ils attendent que leurs soient confiés des challenges
intéressants. Peut-être sont-ils un peu pressés dans
leurs attentes car ils ne se contentent pas de simples promesses de carrières.
Y-a-t-il un esprit
de corps chez les anciens ESCP-EAP ?
Absolument. Et j'ai été frappé par la force de cet
esprit lorsque j'ai pris mes fonctions il y a quatre ans. Les associations
des anciens de l'ESCP et de l'EAP, qui sont en cours de rapprochement,
montrent l'extrême attachement des étudiants à leur
école. Ce dernier perdure depuis longtemps et nos anciens témoignent
souvent de leur fidélité. Il ne se passe pas de jours sans
que je reçoive un appel ou mail d'ancien qui souhaite proposer
quelque chose pour l'école.
Jean-Pierre Raffarin,
ESCP 72, est-il de ceux-là ?
Absolument, et il a toujours été très proche de l'école,
avant même d'accéder à ses fonctions. Il fait très
souvent référence à l'ESCP et ne perd jamais une
occasion de marquer son attachement à l'école.
Et pour finir,
quel genre d'internaute êtes-vous ?
Je suis addict : je ne pourrais plus vivre aujourd'hui sans connexion
internet ni Palm Pilot. J'étais auparavant grand consommateur d'encyclopédies
et j'ai un réflexe documentaire naturel vers le Web. Je lis également
très régulièrement Les Echos et le Wall Street Journal
en ligne. J'aime aussi beaucoup le principe de consultation des archives
du Monde. J'achète souvent en ligne des fleurs sur sites Aquarelle,
et des produits culturels sur Amazon et Alapage.
Jean-Louis Scaringella est né à
Grenoble en 1948. Docteur en droit, diplômé de HEC et de
la Harvard Business School, il a successivement dirigé l'ISA (1978-1983)
et le groupe HEC (1989-1992). En 1993 il prend en charge la direction
générale du Centre de Perfectionnement aux Affaires géré
par la CCIP. Jean-Louis Scaringella a été nommé à
la tête de l'ESCP-EAP en novembre 1999.
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