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Emploi center > Publication
Le 10 février 2012

Bernard Merck
Directeur délégué à la DRH
Groupe France Télécom

"Comme faire passer intelligemment la DRH de France Télécom de 3 200 à 800 personnes..."


Ancien directeur général de GlobalOne France, Bernard Merck a lancé en 1999 le vaste projet e-RH du groupe France Télécom sous le nom "RH Demain". Avec autour de lui une petite équipe d'à peine 5 personnes, il a conduit toute la filière RH de l'entreprise à se doter de nouveaux outils mais aussi à diviser ses coûts par deux et, surtout, à opérer un profond changement culturel dans l'entreprise. Alors que ce projet touche à sa fin, Bernard Merck publie aux éditions de l'Organisation "Equipes RH acteurs de la stratégie" dans lequel il retrace les étapes du plus vaste projet e-RH conduit en France à ce jour.
Propos recueillis par Fabien Claire, le 25 novembre 2002

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Le Site
France Télécom

EmploiCenter. Quelle est l'origine du projet e-RH de France Télécom ?
Bernard Merck
Ma mission auprès de la DRH du groupe a commencé en janvier 1999 avec deux missions essentielles : d'abord faire de la fonction RH un support efficace pour les managers, améliorer la gestion des équipes puis réduire les coûts de la gestion RH chez France Télécom. Lorsque j'ai accepté cette mission confiée par le président de l'époque, j'ai indiqué que le seul moyen d'atteindre cet objectif était de nous tourner vers des développements intranet RH. En outre, comme nous entamions notre transformation en Net-compagnie, le projet a été accepté car il s'inscrivait parfaitement dans cette nouvelle stratégie d'entreprise.

Les coûts de gestion RH étaient tellement importants chez France Télécom ?
En général, on se base sur le ratio du nombre de collaborateurs RH par rapport aux nombre de salariés gérés dans l'entreprise. Chez France Télécom, nous avions environ deux fois plus de gestionnaires RH que dans les autres entreprises françaises comparables, hors service public. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à des concurrents étrangers, en particulier américains, pour lesquels le ratio est encore inférieur de moitié à celui des entreprises françaises classiques.

Quelle a été votre stratégie ?
Nous avons commencé par résoudre l'éternel dilemme entre une gestion RH centralisée, avec la création d'un réseau de 10 centres de services RH dans toute la France pour centraliser la gestion administrative et le transactionnel RH sur le modèle des Shared Services Centers (ndlr: centre de services partagés) à l'américaine. Ceci nous a permis d'industrialiser le traitement RH et d'obtenir des gains de productivités substantiels pour répondre à l'un des deux objectifs.

Et comment avez-vous amélioré la qualité du service RH au profit du manager ?
Nous nous sommes appuyés là-aussi sur le réseau des centres de services RH où nous avons formé des experts des ressources humaines qui disposent d'un back-office solide pour répondre aux attentes des managers. L'intranet est devenu le vecteur indispensable pour fournir un service de qualité, réactif tout en restant proche du terrain. Chaque centre de services RH comprend 50 à 60 collaborateurs et gère de 12 000 à 15 000 dossiers de salariés. Nous avons également mis en place une structure de support pour ces relais RH, localisée à Toulouse, qui assure la rédaction des cahiers des charges, l'animation, la formation et les évolutions successives de nos applications e-RH.

Quel est aujourd'hui le degré d'avancement du projet général ?
Par principe, dans une entreprise, il faut savoir mettre un terme au mode projet. Les structures classiques de l'entreprise doivent ensuite prendre le relais. Je pense que ma mission s'achèvera entre le mois de décembre et le mois de mars prochain. Nous aurons alors réalisé 98 % de notre objectif de gain de productivité en faisant passer les effectifs de la DRH de 3 200 à environ 800 collaborateurs.

Et en terme de retour sur investissement  ?
Nous avons investi 90,3 millions d'euros sur le projet et nous avions planifié un retour sur investissement sur 18 mois. Nous aurons en fait atteint cet objectif après 12 mois voire peut-être 11 mois, car nous avions été très prudents dans nos objectifs.

Quels sont précisément les grandes applications e-RH intégrées dans ce projet ?
Nous avons d'abord la messagerie, qui n'est pas en soit une nouveauté mais qui est intégrée à certaines applications pour permettre, par exemple, d'alerter un manager lorsqu'il doit se connecter à son espace personnel pour y effectuer une opération attendue par l'application. Nous avons aussi les applications de type forum et groupware puis les portails d'information statiques ou dynamiques selon les cas. Nous avons d'ailleurs mis en place un outil d'ERM pour connaître en permanence le degré de consultation de chaque ressource et ce que les salariés font pour obtenir des compléments d'information, le cas échéant.

Que voulez-vous dire ?
Prenons un exemple : je consulte sur l'Intranet les règles concernant les congés payés, mais je pense que mon cas est particulier et je décroche mon téléphone ou j'envoie un mail au self-service RH pour demander des précisions. Nous surveillons ces comportements car si un grand nombre de salariés demandent les mêmes choses, nous pouvons envisager de compléter le contenu disponible en ligne sur ce point. L'existence d'un support par téléphone ou en ligne nous permet également d'humaniser la relation avec les centres de services RH. Nous menons enfin des enquêtes de satisfaction pour vérifier si nous avons bien répondu aux attentes et pour recueillir les suggestions souvent pertinentes des utilisateurs.

Quel est le degré d'adhésion des salariés à ces outils ?
Au début, les collaborateurs sont plutôt prudents voir méfiants, mais nous nous sommes rendus comptes que si nous testions les applications, si nous nous imprégnions des méthodes de travail quotidiennes des équipes, nous arrivons en général au bout de la deuxiè ou troisième version à un produit très bien accueilli par les collaborateurs. Souvent, lorsqu'on propose une première version, elle est très critiquée. Puis nous associons des utilisateurs à la mise en place d'une évolution pour obtenir une application plus proche de leurs attent
es. Aujourd'hui, l'intranet est très utilisé et bien accepté, y compris par les populations auxquelles il devait poser des problèmes d'adaptation, selon les responsables RH. Mais cette adhésion générale complique parfois le travail des managers.

De quelle façon ?
Il y a quelques semaines, le directeur d'une délégation régionale a souhaité réaliser une enquête interne pour transmettre des éléments d'information et de suggestion à la nouvelle présidence du groupe. Il a donc fait réaliser un questionnaire papier distribué à l'ensemble des collaborateurs qui devaient répondre sous quelques jours. Les salariés ont participé massivement. Les résultats ont été saisis mais, à la lecture des résultats, le directeur a considéré qu'il avait oublié une question. Il a donc déclenché à nouveau le process de l'enquête pour ce complément. Les salariés se sont révoltés et ont refusé de répondre en indiquant que si l'enquête avait été réalisée sur l'intranet, les choses auraient été beaucoup plus simples ! Le directeur a haussé le ton et j'ai dû intervenir pour désamorcer la crise. Les salariés ont de plus à plus de mal à accepter les formalités administratives papier et attendent que toute l'entreprise fonctionne en ligne sur le nouveau modèle de la DRH

Quel est le degré d'adhésion des managers ?
Ils ont bien compris l'intérêt de l'infrastructure mais ils considèrent aussi souvent que la RH se décharge sur eux d'une part du travail administratif. Or c'est une erreur car décider une augmentation de salaire ou bien informer les équipes de la mise en place d'intéressements au mérite incombe bien au manager. Mais cela implique un certain courage managérial. Auparavant, la possibilité d'invoquer la décision de la RH leur facilitait les choses. Aujourd'hui, la présence de ces ressources intranet ferme ce type d'échappatoire. Mais malgré ces difficultés, les managers finissent aussi par jouer le jeu et accepter l'outil.

Et pour les responsables RH ?
C'est là que nous trouvons la plus grande difficulté. Nous remettons en cause la fonction RH dans ses fondements même. Chez France Télécom, 62 % des cadres de l'entreprise étaient auparavant en charge de l'administration du personnel. Or notre projet avait pour but de diviser ces effectifs par 5 ou 10. Cela nécessite de leur part une profonde remise en cause pour devenir de véritables experts administratifs RH, capables de traiter à distance des problèmes complexes. Ils sont obligés de suivre le mouvement, mais rarement de gaieté de coeur.

Que sont devenus les responsables RH affectés par ces réductions d'effectifs ?
Nous avions déjà 1 200 départs naturels en retraite ou pré-retraite sur la durée du projet et il nous restait environ 1 500 postes à redéployer dans 800 unités, ce qui n'a pas posé beaucoup de problèmes sur une durée assez longue.

En savoir plus
Le Site
France Télécom

Pour terminer, les entreprises françaises vous semblent suffisamment investies dans la mise en place de projets e-RH ?
Il y a un an, je vous aurais parlé d'un certain attentisme de leur part. Mais aujourd'hui beaucoup de retard a été rattrapé et j'interviens très souvent pour faire partager l'expérience de France Télécom. Je dirais peut-être que dans de nombreuses entreprises, on travaille trop sur les outils et pas assez sur les process. Si l'on veut faire face aux enjeux de demain avec les lourdeurs d'aujourd'hui, on crée les blocages de demain. Il faut donc mettre en place des solutions souples et légères qui permettent une grande réactivité pour adapter ces outils aux process. Il faut partir de l'analyse des process avant de commencer le moindre développement. Ce qui compte, c'est l'arborescence de l'information et des porteurs politiques de l'information à tous les niveaux. Et de remettre en cause très régulièrement les développements réalisés.

Etes-vous personnellement un  grand utilisateur de l'Internet ?
En fait sur un plan personnel j'utilise d'abord le site boursier du Crédit Lyonnais. Et quelques sites spécialisés dans les maquettes de trains électriques.
_________________________________
"Equipes RH acteurs de la str@tégie"
Par Bernard Merck
456 pages, Editions de l'Organisation.
Acheter sur Amazon.fr

Bernard Merck diplômée HEC est présent au sein du groupe France Telecom depuis 20 ans. Il a été tour à tour DRH de l'ODA puis d'EGT. En 1996, il est nommé directeur général de Global One France. En janvier 1999 il rejoint le siège du groupe pour prendre en charge le projet intranet RH du groupe "RH Demain". Membre de l'association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnelle, il a présidé la commission informatique de l'association entre 1982 et 1994. Auteur de nombreux articles sur la fonction RH, il vient de publier "Equipes RH acteurs de la stratégie" aux Editions de l'Organisation.

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