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Jean-Claude Carasco
Président
CGC - Fieci
"D'accord pour renoncer à des jours de
RTT mais contre des journées de travail mieux payées..."
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La CGC est l'un des syndicats signataires de l'accord 35 heures de la
branche Syntec. Jean-Claude Carasco, son président, nous parle
du dispositif de l'accord et des aménagements qu'il est prêt
à accepter au nom de la CGC-Fieci. Avec un objectif général
: privilégier la liberté pour le salarié...
Propos recueillis par Fabien
Claire, le 27 septembre 2002
EmploiCenter. Quelle
est votre position aujourd'hui sur la mise en place des 35 heures dans
les entreprises du secteur ?
Jean-Claude Carasco. Nous sommes plutôt satisfaits. Tout part
de l'accord de branche que nous avons signé et la plupart des accords
d'entreprise se fondent sur ce cadre général avec en particulier
le système des forfaits jours (ndlr: comptabilisation dutemps
de travail des cadres autonomes en jour et non en heures.) Mon seul
regret dans le système actuel est l'absence du compte-épargne
temps.
Le projet de réforme
ne répond-il pas à cette attente ?
Effectivement, je me suis battu pendant plus
de deux ans pour imposer cette idée et j'ai le plaisir de la voir
aujourd'hui retenue dans le projet de réforme du gouvernement.
L'idée de ce compte-épargne temps est de pouvoir échanger
les jours de RTT contre une rémunération. C'est un système
parfaitement logique pour les deux parties car si l'entreprise éprouve
des difficultés à payer son salarié pendant qu'il
pêche la crevette, il lui est beaucoup plus facile de le payer davantage
pour qu'il accepte de travailler au lieu de prendre ses RTT en cas de
besoin.
Et que vous inspire
la hausse du plafond des heures supplémentaires prévue dans
le décret ?
Cela ne nous concerne pas, à moins bien-sûr que le Syntec
choisisse de dénoncer l'accord de branche. L'accord Syntec prévoit
un quota de 90 heures supplémentaires. Or le décret ne réforme
pas cet accord. Si l'on considère que le passage du quota à
180 heures supplémentaires profite à l'entreprise, dans
ce cas c'est notre accord collectif qui prime. Les 90 heures de l'accord
de branche restent valides. C'est une position indiscutable sur le plan
juridique.
Cette amorce de réforme
ne peut donc pas être appliquée dans la branche ?
Absolument pas, même si les entreprises cherchent certainement
à appliquer ce décret, elles doivent trouver un accord sur
ce point pour faire évoluer l'accord de branche, sinon le décret
ne changera rien.
Et que se passe-t-il
pour l'élargissement du concept de cadre autonome prévu
par le projet Fillon ?
La même chose. Rien n'est possible sans évolution de
l'accord de branche et il y a fort à parier qu'un accord sur ce
point sera très difficile à obtenir pour les entreprises.
J'ai toujours été partisan d'une véritable rémunération
de l'autonomie du cadre. Pendant longtemps, on lui a dit "mais tu
es cadre donc tu es autonome" en récompensant cette autonomie
par une simple poignée de mains !. Actuellement l'accord Syntec
impose un niveau de rémunération minimum pour le salarié.
Il n'est pas question de revenir là-dessus.
Mais la conjoncture
plus difficile ne devrait-elle pas entraîner un assouplissement
de votre position ?
Dans nos métiers, si l'entreprise veut un cadre autonome, elle
doit le payer. Il ne s'agit pas de payer simplement du temps de travail
mais aussi une capacité intellectuelle et un investissement créatif
du salarié. Cela vaut largement un salaire au moins égal
à 56 400 euros par an ! D'ailleurs sur la conjoncture, je
reste très optimiste pour les SSII car leur poids reste inférieur
à 20% du marché en France contre plus de 60% en Angleterre
ou en Allemagne. La perspective de développement est énorme.
C'est la même chose pour le secteur du conseil.
Comment abordez-vous
la perspective de réforme ?
Une négociation,
c'est un équilibre. Aujourd'hui, reconnaissons que l'accord Syntec
place les salariés dans une situation favorable. Je ne prétends
pas avoir une vision globale des 53 000 entreprises de la branche
mais le résultat est plutôt positif. Si les salaires n'ont
pas été augmentés, les salariés ont récupéré
une dizaine de jours de congés. Toute négociation devra
se faire sur la base de cet acquis.
Mais notre enquête
montre d'importantes inégalités entre les entreprises qui
ont accordé 8 jours et d'autres dans lesquelles on dépasse
les 20 jours de RTT ?
Il faut avoir à l'esprit dans nos métiers, que chaque
jour de congé supplémentaire accordé au salarié,
est une journée pendant laquelle il n'est pas facturé au
client. Le coût pour l'entreprise est donc loin d'être négligeable.
C'est pourquoi les entreprises qui ont voulu accorder 20 jours de RTT
sont en train de revenir sur cet excès de bonne volonté
pour faire face à la conjoncture.
Notre enquête
montre une déception relative des salariés suite au passage
aux 35 heures...
C'est vrai, mais peut-être que l'attente était excessive.
N'oublions pas qu'au départ la loi n'empêchait pas une diminution
des salaires sur la base des 35/39ème. L'objectif des 35 heures
n'était pas de donner davantage de loisirs à salaire égal,
mais de créer des emplois. Au final, on a obtenu des choses différentes
mais favorables au salarié.
Vous semblez osciller
entre votre satisfaction pour le salarié et un pragmatisme économique.
Au final, que pensez-vous aujourd'hui personnellement des 35 heures ?
Comme citoyen, je pense que c'est une belle connerie. Mais comme syndicaliste,
je suis plutôt satisfait de l'avantage collectif obtenu. Il faut
donc faire preuve de réalisme et de bonne foi dans l'aménagement
du dispositif. On ne reviendra pas sur le principe des RTT qui semble
aujourd'hui gravé dans le marbre, au moins pour les 10 jours de
RTT. Maintenant, il faut aussi permettre aux entreprises de s'adapter
à leur marché. C'est pourquoi elles doivent pouvoir proposer
à leurs salariés d'abandonner des jours de RTT contre des
journées de travail mieux rémunérées. Dans
ce cas, le salarié fait un effort pour accroître les bénéfices
de l'entreprise et il reçoit une juste rémunération
en retour. Laissons au salarié la liberté de choisir.
Et que pensez-vous
de la possibilité d'échanger des jours de RTT contre de
la formation ou des conditions plus favorables pour la retraite ?
Pour la formation, c'est une nécessité dans nos métiers
et ce n'est pas au salarié d'en supporter la charge mais à
l'entreprise. Par ailleurs pour la retraite pourquoi pas, mais si vous
valorisez chaque jour de RTT auquel vous renoncez, cela revient au même,
vous pouvez toujours affecter cela à une épargne retraite.
Vous restez libre de choisir.
Quelle est la prochaine
étape pour vous ?
Nous attendons la loi, mais les choses ne sont pas faites car après
avoir vécu tout le cirque de 1999, je ne suis pas convaincu que
les partenaires seront réellement d'accord pour enclencher une
nouvelle discussion
Diplômé en droit, Jean-Claude Carasco
intègre en 1967 la société d'assurance La Compagnie du Soleil, qui devient
le GAN un an plus tard. C'est aussi à cette date qu'il démarre sa carrière
syndicale à la CGC en tant que délégué suppléant, puis élu du comité d'entreprise.
Par la suite, il occupe plusieurs postes dont, dans les années 1980, celui
de DRH de la société de conseil North Western au niveau européen. Par
ailleurs administrateur d'une caisse de retraite, il fonde le FAFIEC,
le fond d'assurance formation de la branche. Depuis 1993, Jean-Claude
Carasco est président de la Fieci. Il travaille aujourd'hui dans une société
de conseil.
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