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Emploi center > Publication
Le 24 novembre 2009

Jean-Claude Carasco
Président
CGC - Fieci
"D'accord pour renoncer à des jours de RTT mais contre des journées de travail mieux payées..."

La CGC est l'un des syndicats signataires de l'accord 35 heures de la branche Syntec. Jean-Claude Carasco, son président, nous parle du dispositif de l'accord et des aménagements qu'il est prêt à accepter au nom de la CGC-Fieci. Avec un objectif général : privilégier la liberté pour le salarié...

Dossier 35 Heures

Propos recueillis par Fabien Claire, le 27 septembre 2002

EmploiCenter. Quelle est votre position aujourd'hui sur la mise en place des 35 heures dans les entreprises du secteur ?
Jean-Claude Carasco.
Nous sommes plutôt satisfaits. Tout part de l'accord de branche que nous avons signé et la plupart des accords d'entreprise se fondent sur ce cadre général avec en particulier le système des forfaits jours (ndlr: comptabilisation dutemps de travail des cadres autonomes en jour et non en heures.) Mon seul regret dans le système actuel est l'absence du compte-épargne temps.

Le projet de réforme ne répond-il pas à cette attente ?

Effectivement, je me suis battu pendant plus de deux ans pour imposer cette idée et j'ai le plaisir de la voir aujourd'hui retenue dans le projet de réforme du gouvernement. L'idée de ce compte-épargne temps est de pouvoir échanger les jours de RTT contre une rémunération. C'est un système parfaitement logique pour les deux parties car si l'entreprise éprouve des difficultés à payer son salarié pendant qu'il pêche la crevette, il lui est beaucoup plus facile de le payer davantage pour qu'il accepte de travailler au lieu de prendre ses RTT en cas de besoin.

Et que vous inspire la hausse du plafond des heures supplémentaires prévue dans le décret ?
Cela ne nous concerne pas, à moins bien-sûr que le Syntec choisisse de dénoncer l'accord de branche. L'accord Syntec prévoit un quota de 90 heures supplémentaires. Or le décret ne réforme pas cet accord. Si l'on considère que le passage du quota à 180 heures supplémentaires profite à l'entreprise, dans ce cas c'est notre accord collectif qui prime. Les 90 heures de l'accord de branche restent valides. C'est une position indiscutable sur le plan juridique.

Cette amorce de réforme ne peut donc pas être appliquée dans la branche ?
Absolument pas, même si les entreprises cherchent certainement à appliquer ce décret, elles doivent trouver un accord sur ce point pour faire évoluer l'accord de branche, sinon le décret ne changera rien.

Et que se passe-t-il pour l'élargissement du concept de cadre autonome prévu par le projet Fillon ?
La même chose. Rien n'est possible sans évolution de l'accord de branche et il y a fort à parier qu'un accord sur ce point sera très difficile à obtenir pour les entreprises. J'ai toujours été partisan d'une véritable rémunération de l'autonomie du cadre. Pendant longtemps, on lui a dit "mais tu es cadre donc tu es autonome" en récompensant cette autonomie par une simple poignée de mains !. Actuellement l'accord Syntec impose un niveau de rémunération minimum pour le salarié. Il n'est pas question de revenir là-dessus.

Mais la conjoncture plus difficile ne devrait-elle pas entraîner un assouplissement de votre position ?
Dans nos métiers, si l'entreprise veut un cadre autonome, elle doit le payer. Il ne s'agit pas de payer simplement du temps de travail mais aussi une capacité intellectuelle et un investissement créatif du salarié. Cela vaut largement un salaire au moins égal à 56 400 euros par an ! D'ailleurs sur la conjoncture, je reste très optimiste pour les SSII car leur poids reste inférieur à 20% du marché en France contre plus de 60% en Angleterre ou en Allemagne. La perspective de développement est énorme. C'est la même chose pour le secteur du conseil.

Comment abordez-vous la perspective de réforme ?
Une négociation, c'est un équilibre. Aujourd'hui, reconnaissons que l'accord Syntec place les salariés dans une situation favorable. Je ne prétends pas avoir une vision globale des 53 000 entreprises de la branche mais le résultat est plutôt positif. Si les salaires n'ont pas été augmentés, les salariés ont récupéré une dizaine de jours de congés. Toute négociation devra se faire sur la base de cet acquis.

Mais notre enquête montre d'importantes inégalités entre les entreprises qui ont accordé 8 jours et d'autres dans lesquelles on dépasse les 20 jours de RTT ?
Il faut avoir à l'esprit dans nos métiers, que chaque jour de congé supplémentaire accordé au salarié, est une journée pendant laquelle il n'est pas facturé au client. Le coût pour l'entreprise est donc loin d'être négligeable. C'est pourquoi les entreprises qui ont voulu accorder 20 jours de RTT sont en train de revenir sur cet excès de bonne volonté pour faire face à la conjoncture.

Notre enquête montre une déception relative des salariés suite au passage aux 35 heures...
C'est vrai, mais peut-être que l'attente était excessive. N'oublions pas qu'au départ la loi n'empêchait pas une diminution des salaires sur la base des 35/39ème. L'objectif des 35 heures n'était pas de donner davantage de loisirs à salaire égal, mais de créer des emplois. Au final, on a obtenu des choses différentes mais favorables au salarié.

Vous semblez osciller entre votre satisfaction pour le salarié et un pragmatisme économique. Au final, que pensez-vous aujourd'hui personnellement des 35 heures ?
Comme citoyen, je pense que c'est une belle connerie. Mais comme syndicaliste, je suis plutôt satisfait de l'avantage collectif obtenu. Il faut donc faire preuve de réalisme et de bonne foi dans l'aménagement du dispositif. On ne reviendra pas sur le principe des RTT qui semble aujourd'hui gravé dans le marbre, au moins pour les 10 jours de RTT. Maintenant, il faut aussi permettre aux entreprises de s'adapter à leur marché. C'est pourquoi elles doivent pouvoir proposer à leurs salariés d'abandonner des jours de RTT contre des journées de travail mieux rémunérées. Dans ce cas, le salarié fait un effort pour accroître les bénéfices de l'entreprise et il reçoit une juste rémunération en retour. Laissons au salarié la liberté de choisir.

Et que pensez-vous de la possibilité d'échanger des jours de RTT contre de la formation ou des conditions plus favorables pour la retraite ?
Pour la formation, c'est une nécessité dans nos métiers et ce n'est pas au salarié d'en supporter la charge mais à l'entreprise. Par ailleurs pour la retraite pourquoi pas, mais si vous valorisez chaque jour de RTT auquel vous renoncez, cela revient au même, vous pouvez toujours affecter cela à une épargne retraite. Vous restez libre de choisir.

Quelle est la prochaine étape pour vous ?
Nous attendons la loi, mais les choses ne sont pas faites car après avoir vécu tout le cirque de 1999, je ne suis pas convaincu que les partenaires seront réellement d'accord pour enclencher une nouvelle discussion

Diplômé en droit, Jean-Claude Carasco intègre en 1967 la société d'assurance La Compagnie du Soleil, qui devient le GAN un an plus tard. C'est aussi à cette date qu'il démarre sa carrière syndicale à la CGC en tant que délégué suppléant, puis élu du comité d'entreprise. Par la suite, il occupe plusieurs postes dont, dans les années 1980, celui de DRH de la société de conseil North Western au niveau européen. Par ailleurs administrateur d'une caisse de retraite, il fonde le FAFIEC, le fond d'assurance formation de la branche. Depuis 1993, Jean-Claude Carasco est président de la Fieci. Il travaille aujourd'hui dans une société de conseil.


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