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Noël Lechat
Secrétaire général
Fédération CGT des sociétés d'études
"Je suis
convaincu que personne ne voudra renégocier les accords 35
heures"
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La fédération CGT des sociétés d'études
n'a pas signé l'accord de branche sur la réduction du temps
de travail.
Noël Lechat, secrétaire général de la fédération,
fait le bilan de l'application de 35 heures dans le secteur informatique
et high-tech. Hostile à l'accord de branche, il ne croit pas que
la réforme modifiera la situation dans les entreprises.
Propos recueillis par Fabien Claire,
le 30 septembre 2002
EmploiCenter. Pourriez-vous
d'abord nous rappeler les raisons pour lesquelles vous n'avez pas souhaité
signer l'accord de branche sur la réduction du temps de travail
?
Noël Lechat. Nous étions
fermes sur plusieurs points : nous ne voulions pas d'accord prévoyant
moins de 23 jours de RTT pour 39 heures de travail hebdomadaire et nous
n'acceptons pas le principe des cadres fonctionnant dans avec un forfait
jours. Les discussions ont été interminables et l'accord
final ne respectait pas ces principes. Cela avait d'ailleurs donné
lieu, à l'époque, aux premiers mouvements sociaux du secteur.
Nous avons donc refusé de signer cet accord et nous avons attaqué
son extension. Un pourvoi en cassation est d'ailleurs toujours en cours.
Pourquoi ce niveau
d'exigence ?
Nous sommes partis des aspirations des salariés
et nous avions fait une étude dès 1999 pour identifier ce
que ces derniers attendaient pour le passage aux 35 heures.
Cette étude a montré d'une part que les RTT étaient
le principal critère pour le salarié et d'autre part qu'ils
attendaient un volume de RTT important. Ils pensaient, à juste
titre, que leur temps de travail réel quotidien n'allait pas diminuer
et que seules ces RTT permettaient de concrétiser la réduction
du temps de travail promise. Sur la base de cette réflexion, les
23 jours de RTT correspondent à la différence entre 35 et
39 heures de travail hebdomadaire.
Que
pensez-vous de l'application actuelle des 35 heures dans les entreprises
informatiques ?
La majorité des accords accordent moins de 12 jours de RTT comme
le montre votre enquête. Il y a même des entreprises où
des ponts qui étaient déjà accordés par l'entreprise
ont été inclus dans les RTT. Je pense à une entreprise
dans laquelle les RTT n'ont pas apporté une seule journée
de congés supplémentaire aux salariés. On a donc
eu tendance à reprendre ce qu'on avait déjà donné
auparavant pour intégrer cela dans l'accord 35 heures.
Quel sentiment
percevez-vous chez les salariés ?
Je pense qu'il y a un mécontentement général.
Mais les choses sont complexes car le secteur informatique est également
confronté à des problèmes économiques importants.
Ce qui préoccupe le plus les salariés aujourd'hui, c'est
la pérennité de l'emploi. On nous parlait de pénurie
il y a encore peu de temps et maintenant, on assiste à des vagues
de licenciements déguisés un peu partout et à une
montée de la pression dans les entreprises.
Quel est votre
position sur la réforme des 35 heures ?
Nous sommes tout à fait ouverts à la discussion à
la condition qu'il s'agisse d'augmenter le nombre de jours de RTT accordés.
Mais je ne me fais aucune illusion et je suis convaincu que personne ne
voudra renégocier ces accords. Les employeurs veulent pouvoir appliquer
le régime des cadres au forfait jours au dela de la limite salariale
actuelle (deux fois le plafond de la sécurité sociale
ou bien la position 3 dans la convention collective, NDLR). L'objectif
du patronat est de sortir la majorité des cadres du forfait horaire
qui s'applique aujourd'hui grâce aux 35 heures. A l'inverse, nous
sommes opposés au principe de faire travailler des salariés
dans le cadre du forfait jours.
Ne pensez-vous
pas qu'il s'agisse d'un mode de comptabilisation du temps de travail réaliste
pour les managers et les cadres de haut niveau ?
Mais nous savons très bien que si l'on commence par admettre le
forfait jours pour une petite partie de salariés, ce régime
finira par s'appliquer à la majorité des cadres. C'est ce
que demandent aujourd'hui les entreprises.
Le régime
des cadres autonomes existait avant dans les faits bien que non prévu
par la loi. Votre opposition de principe n'est-elle pas irréaliste
alors que les accords 35 heures ont permis de fixer des bornes à
ce régime ?
N'oublions pas que les SSII signent avec leurs clients des contrats dans
lesquels les prestations de services sont facturées en heures.
Il est donc normal que les salariés qui interviennent dans ces
missions soient rémunérés sur la même base.
Le salarié n'est pas là pour offrir du temps, sur sa vie
privée, pour permettre à son entreprise d'assumer des marchés
traités à un prix trop faible ou pour lui éviter
les pénalités auxquelles elles s'exposent en ne tenant pas
les délais.
La crise du secteur
informatique est réelle. Les salariés ne peuvent-ils pas
aider les entreprises à passer ce cap difficile ?
Pour moi, c'est moins une crise qu'un retour à une situation normale.
On ne peut pas miser éternellement sur des taux de croissance à
deux chiffres. Dans les années 90, on pouvait vendre tout et n'importe
quoi aux entreprises et à n'importe quel prix. Ce n'est plus le
cas aujourd'hui car les clients sont beaucoup plus regardants et exigeants.
Nous vivons simplement la contrepartie des excès passés.
Les entreprises du secteur ont été beaucoup trop optimistes
dans leurs recrutements. Elles se retrouvent ainsi avec des niveaux d'intercontrats
excessifs.
Que répondez-vous
à ceux qui considèrent que les 35 heures ont contribué
à la détérioration de cette conjoncture ?
C'est n'importe quoi ! N'oubliez pas que les prestataires ont immédiatement
répercuté le coût des 35 heures sur leurs clients.
Mais cela ne les a pas empêchés de demander
à leurs équipes d'effectuer leurs missions avec moins de
temps. C'est pourquoi
beaucoup de salariés se plaignent d'une pression excessive suite
aux 35 heures, comme le montre votre enquête. Pour nous, il fallait
simplement adapter la charge de travail à la réduction du
temps de travail.
Mais il est impossible
de faire abstraction du contexte économique, non ?
La vraie question aujourd'hui est de savoir si l'on choisit de veut faire
du social dans l'entreprise ou bien si l'on veut continuer à vendre
de la viande. Doit-on considérer que la performance économique
est le seul objectif ? L'expérience montre que certaines entreprises
ont été parfaitement capables d'accorder 20 ou 22 jours
de RTT tout en gérant parfaitement cette situation.
Vous avez des
exemples ?
Je pense à la société toulousaine Inforsud. Cette
entreprise a pu largement compenser le coût de son accord par un
surcroît d'enthousiasme et d'investissement des salariés
dans leur travail. Si les entreprises avaient davantage joué le
jeu des 35 heures, elles auraient ainsi compensé la baisse de leur
production consécutive à la réduction du temps de
travail.
Le passage aux
35 heures a-t-il permis de développer la représentation
syndicale dans les entreprises ?
La bataille des 35 heures a permis un sursaut d'engagement syndical, mais
dans notre cas ce développement est difficile à apprécier
car dans le même temps nous avons créé un poste de
"développeur syndical" qui
consacre la totalité de son temps au développement du nombre
de nos adhérents.
Quels sont les
effectifs de votre fédération ?
Je ne peux pas vous répondre aujourd'hui car nous voulons être
très précis sur les chiffres et nous comptabiliserons les
nouveaux effectifs à l'occasion du congrès confédéral
qui se déroulera très prochainement.
Avez-vous déjà
rencontré les autres organisations syndicales sur le projet de
réforme ?
Non pas du tout. Au niveau national, nous allons attendre l'adoption de
la loi mais j'espère personnellement que la réforme n'aboutira
pas. Nous voulons faire pression dans ce sens.
Informaticien salarié du groupe
Steria, Noël Lechat est secrétaire général de la Fédération CGT des
sociétés d'études depuis 1993.
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