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Emploi center > Publication
Le 24 novembre 2009

François Dufaux
Président du Syntec-Informatiques
"Nous allons ouvrir à nouveau la boîte de Pandore"

Le syndicat patronal dont dépendent les entreprises informatiques attend de voir la loi pour juger des nouvelles pistes de réforme du dispositif 35 heures. Mais son président se montre intéressé par la conversion de jours de RTT en compte épargne-temps. Tout en restant extrêmement critique sur l'ensemble du dispositif.

Propos recueillis par Fabien Claire, le 24 septembre 2002

Dossier 35 Heures

EmploiCenter. Que vous inspirent les résultats de notre enquête sur les 35 heures ?
François Dufaux
L'importance de l'échantillon me semble intéressante et si certains résultats valident ce que nous pensons, je suis un peu surpris de constater que les cadres semblent plutôt satisfaits de la réforme. Certes, ils ont gagné des jours de RTT mais je pense qu'ils sont aussi de plus en plus nombreux à être d'accord pour échanger des jours de RTT contre du salaire. Je pense que si vous interrogiez les seuls cadres de SSII, cette tendance serait plus fortement marquée dans ce sens. Les cadres de l'industrie en revanche, sont à mon avis, moins demandeurs de cette évolution. (ndlr : les salariés du secteur high-tech représentent 27,8% des réponses de notre enquête)

Dans une récente interview, vous appeliez à une importante réforme des 35 heures. Quelle est votre position sur le projet présenté par le gouvernement ?

Si nous parlons de l'ensemble du texte présenté par le ministre Fillon, les choses vont dans le bon sens sur plusieurs points : l'augmentation du quota d'heures supplémentaires, la plus grande flexibilité dans l'attribution du statut cadre et la possibilité de constituer un compte épargne temps me semblent être de bonnes pistes. Mais j'attends de voir le texte finalement voté pour juger. De toutes façons, cela ne retire rien au coût énorme des 35 heures pour nos entreprises.

Quel est donc l'intérêt de la réforme ?
Elle nous permet d'abord de ne plus bloquer la production de valeur. Sur les 6 premiers mois de l'année, nous avions à la fois perdu de la marge avec l'alourdissement du coût du travail mais nous avons aussi perdu en capacité de production avec le plafond des heures supplémentaires. En outre, vous avez aujourd'hui deux situations pour un cadre : ou bien il prend ses RTT et cela pose problème à l'entreprise, qui pour le même coût, doit se passer de lui plusieurs jours dans l'année. Ou bien le salarié ne peut pas prendre ses jours, ce qui est assez fréquent comme le montre votre enquête et dans ce cas il les perd, ce qui naturellement ne le satisfait pas du tout.

Qu'attendez-vous de la réforme sur ce point ?
Par exemple, la possibilité de convertir ces jours dans un compte-épargne temps, ou encore la possibilité pour le salarié de renoncer à des RTT avec une contrepartie financière. Je pense d'ailleurs que beaucoup de salariés préfèreront travailler pour augmenter leurs revenus plutôt que de constituer une épargne-temps.

Dans notre enquête, la conversion de jours RTT en conditions de départ à la retraite plus favorables intéresse 19,3% des répondants. Que pensez-vous de cette piste de réforme ?
C'est une piste intéressante, même si je pense que la gestion de ce capital-temps sera complexe à gérer à l'échelle d'une carrière.

Quelle est la prochaine étape pour le Syntec-Informatique ?
Nous devons attendre le texte définitif pour prendre position. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a choisi de consulter les partenaires sociaux sur le sujet. La loi sur les 35 heures a été votée sans que l'on se préoccupe des partenaires sociaux, je ne vois pas pourquoi le gouvernement n'a pas purement et simplement imposé une réforme.

Le gouvernement s'était engagé à mettre en oeuvre une réforme concertée et non pas une abrogation pure et simple des 35 heures...
C'est exact, mais je crains que nous nous embarquions ainsi dans des discussions infinies en ouvrant à nouveau la boîte de Pandore. Ce qui certain, c'est que cette loi est criminelle sur le plan économique et chaque nouvelle négociation risque de déboucher sur un coût supplémentaire pour l'entreprise.

Malgré les critiques, ne pensez-vous pas que la RTT a quand même certaines conséquences positives sur lesquelles il est possible de capitaliser ?
Les problèmes posés l'emportent largement et le gouvernement précédent a échoué sur toute la ligne. Les 35 heures n'ont pas permis la création d'emploi, les salaires sont gelés dans beaucoup d'entreprises, en particulier dans la high-tech et malgré cela le coût final reste important pour l'entreprise. Les cadres sont peut-être les bénéficiaires de jours de RTT, mais lorsqu'ils managent d'autres collaborateurs, ils sont confrontés à des situations de tensions dans la gestion de leurs ressources humaines.

La réforme envisage une redéfinition de la limite entre le statut de cadre autonome et celui des autres cadres. N'y a-t-il pas ainsi un risque de retour en arrière pour ces cadres non-autonomes ?
C'est effectivement une ouverture importante de la réforme qui permettra d'intégrer à nouveau l'ensemble des cadres dans un régime de forfait exprimé en jours de travail. Mais les RTT resteront et ces cadres les prendront, j'en suis convaincu.

Cela implique donc un passage en force...
Je ne crois pas car les cadres, au moins dans le secteur high-tech, travaillent beaucoup et se retrouvent dans une situation de pression inextricable avec cette compression de leur temps de travail. Leur problème n'est pas de travailler, mais il est probable que beaucoup voudront échanger cette réforme contre une indemnisation salariale. Mais je voudrais insister sur le désarroi généré chez de nombreux salariés de notre secteur qui sont aujourd'hui déçus voir désabusés face aux conséquences de cette loi, comme le montre votre enquête. La réforme ne sera donc pas forcément une réelle épreuve de force.

Agé de 61 ans, diplômé de l'Ecole Polytechnique de Lausanne, François Dufaux a commencé sa carrière en 1966 chez Texas Instrument dont il fut le directeur commercial jusqu'en 1975 puis directeur marketing jusqu'en 1978. Il devient ensuite responsable de la division téléphonie privée de Thomson. En 1984, il est nommé vice-président de Fairchild Corp puis Pdg du groupe en Europe. En 1988, il rejoint Sema en qualité de directeur général. Président de Syntec-Informatique depuis 1997, il est membre du comité exécutif du Medef depuis janvier 2000. En janvier 2001, il devient Vice-Président SchlumbergerSema.


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