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François Dufaux
Président du Syntec-Informatiques
"Nous
allons ouvrir à nouveau la boîte de Pandore"
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Le syndicat patronal dont dépendent les entreprises informatiques
attend de voir la loi pour juger des nouvelles pistes de réforme
du dispositif 35 heures. Mais son président se montre intéressé
par la conversion de jours de RTT en compte épargne-temps. Tout
en restant extrêmement critique sur l'ensemble du dispositif.
EmploiCenter. Que vous
inspirent les résultats de notre enquête sur les 35 heures
?
François Dufaux L'importance de l'échantillon me semble
intéressante et si certains résultats valident ce que nous
pensons, je suis un peu surpris de constater que les cadres semblent plutôt
satisfaits de la réforme. Certes, ils ont gagné des jours
de RTT mais je pense qu'ils sont aussi de plus en plus nombreux à
être d'accord pour échanger des jours de RTT contre du salaire.
Je pense que si vous interrogiez les seuls cadres de SSII, cette tendance
serait plus fortement marquée dans ce sens. Les cadres de l'industrie
en revanche, sont à mon avis, moins demandeurs de cette évolution.
(ndlr : les salariés du secteur high-tech représentent
27,8% des réponses de notre enquête)
Dans une récente
interview, vous appeliez à une importante réforme des 35
heures. Quelle est votre position sur le projet présenté
par le gouvernement ?
Si nous parlons de l'ensemble du texte présenté
par le ministre Fillon, les choses vont dans le bon sens sur plusieurs
points : l'augmentation du quota d'heures supplémentaires, la
plus grande flexibilité dans l'attribution du statut cadre et la
possibilité de constituer un compte épargne temps me semblent
être de bonnes pistes. Mais j'attends de voir le texte finalement
voté pour juger. De toutes façons, cela ne retire rien au
coût énorme des 35 heures pour nos entreprises.
Quel est donc
l'intérêt de la réforme ?
Elle nous permet d'abord de ne plus bloquer la production de valeur. Sur
les 6 premiers mois de l'année, nous avions à la fois perdu
de la marge avec l'alourdissement du coût du travail mais nous avons
aussi perdu en capacité de production avec le plafond des heures
supplémentaires. En outre, vous avez aujourd'hui deux situations
pour un cadre : ou bien il prend ses RTT et cela pose problème
à l'entreprise, qui pour le même coût, doit se passer
de lui plusieurs jours dans l'année. Ou bien le salarié
ne peut pas prendre ses jours, ce qui est assez fréquent comme
le montre votre enquête et dans ce cas il les perd, ce qui naturellement
ne le satisfait pas du tout.
Qu'attendez-vous
de la réforme sur ce point ?
Par exemple, la possibilité de convertir ces jours dans un compte-épargne
temps, ou encore la possibilité pour le salarié de renoncer
à des RTT avec une contrepartie financière. Je pense d'ailleurs
que beaucoup de salariés préfèreront travailler pour
augmenter leurs revenus plutôt que de constituer une épargne-temps.
Dans notre enquête,
la conversion de jours RTT en conditions de départ à la
retraite plus favorables intéresse 19,3% des répondants.
Que pensez-vous de cette piste de réforme ?
C'est une piste intéressante, même si je pense que la gestion
de ce capital-temps sera complexe à gérer à l'échelle
d'une carrière.
Quelle est la
prochaine étape pour le Syntec-Informatique ?
Nous devons attendre le texte définitif pour prendre position.
D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a choisi de consulter
les partenaires sociaux sur le sujet. La loi sur les 35 heures a été
votée sans que l'on se préoccupe des partenaires sociaux,
je ne vois pas pourquoi le gouvernement n'a pas purement et simplement
imposé une réforme.
Le gouvernement
s'était engagé à mettre en oeuvre une réforme
concertée et non pas une abrogation pure et simple des 35 heures...
C'est exact, mais je crains que nous nous embarquions ainsi dans des discussions
infinies en ouvrant à nouveau la boîte de Pandore. Ce qui
certain, c'est que cette loi est criminelle sur le plan économique
et chaque nouvelle négociation risque de déboucher sur un
coût supplémentaire pour l'entreprise.
Malgré
les critiques, ne pensez-vous pas que la RTT a quand même certaines
conséquences positives sur lesquelles il est possible de capitaliser ?
Les problèmes posés l'emportent largement et le gouvernement
précédent a échoué sur toute la ligne. Les
35 heures n'ont pas permis la création d'emploi, les salaires sont
gelés dans beaucoup d'entreprises, en particulier dans la high-tech
et malgré cela le coût final reste important pour l'entreprise.
Les cadres sont peut-être les bénéficiaires de jours
de RTT, mais lorsqu'ils managent d'autres collaborateurs, ils sont confrontés
à des situations de tensions dans la gestion de leurs ressources
humaines.
La réforme
envisage une redéfinition de la limite entre le statut de cadre
autonome et celui des autres cadres. N'y a-t-il pas ainsi un risque de
retour en arrière pour ces cadres non-autonomes ?
C'est effectivement une ouverture importante de la réforme qui
permettra d'intégrer à nouveau l'ensemble des cadres dans
un régime de forfait exprimé en jours de travail. Mais les
RTT resteront et ces cadres les prendront, j'en suis convaincu.
Cela implique
donc un passage en force...
Je ne crois pas car les cadres, au moins dans le secteur high-tech, travaillent
beaucoup et se retrouvent dans une situation de pression inextricable
avec cette compression de leur temps de travail. Leur problème
n'est pas de travailler, mais il est probable que beaucoup voudront échanger
cette réforme contre une indemnisation salariale. Mais je voudrais
insister sur le désarroi généré chez de nombreux
salariés de notre secteur qui sont aujourd'hui déçus
voir désabusés face aux conséquences de cette loi,
comme le montre votre enquête. La réforme ne sera donc pas
forcément une réelle épreuve de force.
Agé de 61 ans, diplômé de l'Ecole Polytechnique
de Lausanne, François Dufaux a commencé sa carrière en 1966 chez Texas
Instrument dont il fut le directeur commercial jusqu'en 1975 puis directeur
marketing jusqu'en 1978. Il devient ensuite responsable de la division
téléphonie privée de Thomson. En 1984, il est nommé vice-président de
Fairchild Corp puis Pdg du groupe en Europe. En 1988, il rejoint Sema
en qualité de directeur général. Président de Syntec-Informatique depuis
1997, il est membre du comité exécutif du Medef depuis janvier 2000. En
janvier 2001, il devient Vice-Président SchlumbergerSema.
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