L'emploi ? Un salarié
sur dix seulement relève "l'embauche de nouveaux collaborateurs"
comme un des points positifs de la réduction du temps de travail.
Le passage massif aux 35 heures ayant coïncidé avec un creux
conjoncturel -qui dure encore- les entreprises ont fait autant avec
moins ou, pire, moins avec moins de collaborateurs. Mais le scénario
optimiste des embauches compensatrices, sur fond de réorganisation
des processus, n'a pas eu lieu. En tous cas les salariés que
nous avons interrogés n'en ont pas vu la couleur.
La vie quotidienne
? Un salarié sur deux seulement considère que les 35 heures
ont été "plutôt positives" pour leur vie
personnelle. Maigre score pour une réforme présentée
comme une avancée sociale majeure arrachée au patronat.
De fait, les jours de RTT glanés pour l'occasion, certes toujours
les bienvenues, ne compensent pas les restrictions salariales ou la
pression supplémentaire ressentie par les équipes. Ce
sont en effet les premières conséquences négatives
des 35 heures selon les salariés que nous avons interrogés.
Paradoxe de l'affaire
: les cadres, qui ne forment pas le gros des troupes électorales
de Martine Aubry, sont finalement les plus satisfaits de la nouvelle
situation. La loi leur a fourni le sésame qui leur manquait pour
"lever le pied" et prendre quelques distances avec des entreprises
qui ne leur ont pas toujours rendu ce qu'elle leur avait demandé.
Triple amertume donc
: des réformateurs qui constatent aujourd'hui qu'ils ont fait
fausse route et que leur grande oeuvre débouche à la fois
sur un immense malentendu social et un formidable contresens économique.
Amertume des patrons qui, après avoir géré la mise
en place d'une réforme qu'on a imposée à leurs
entreprises, doivent assumer son démontage partiel et le service
après-vente du "poison à diffusion lente" que
dénonce le baron Seillières. Amertume des salariés
enfin qui découvrent les réalités des 35 heures
: davantage de stress et moins de pouvoir d'achat. Ils se montrent d'ailleurs
forts sévères sur les dégâts provoqués
: une majorité d'entre eux jugent la mesure "plutôt
négative" pour leur entreprise comme pour l'économie
française. Ce qui est mauvais pour l'entreprise de M. Martin
peut-il être bon pour M. Martin ?
La bonne nouvelle
de notre enquête est que les pistes de la réforme sont
grandes ouvertes : les trois-quarts des salariés aspirent à
un changement du dispositif en vigueur et renvoient les partenaires
sociaux à de nouveaux accords sectoriels, plus réalistes
et plus respectueux des intérêts de chacun. Loi "du
haut", les 35 heures, dans leur V2, risquent de consacrer un nouvel
état social décentralisé et morcelé. C'est
le nouveau risque. Déjà, l'enquête de EmploiCenter
montre des différences considérables dans le nombre de
jours de RTT dont bénéficient les salariés français
: de 8 à plus de 23 par an. Gare aux nouvelles inégalités.
Sommaire
I La
RTT
I Les
cadres
I La
réforme
I Méthodologie
I Forum