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Emploi center > Publication
Le 27 novembre 2009

35 heures Analyse : une triple amertume
Les résultats complets de notre enquête

Sommaire I La RTT I Les cadres I La réforme I Méthodologie I Forum

 

Les initiateurs des 35 heures, principale réforme du gouvernement Jospin, s'étaient fixé deux objectifs principaux : créer des emplois et améliorer la vie quotidienne des salariés. La sanction électorale du printemps dernier le laissait penser, notre enquête le confirme, la loi a spectaculairement échoué sur ces deux points.

 

L'emploi ? Un salarié sur dix seulement relève "l'embauche de nouveaux collaborateurs" comme un des points positifs de la réduction du temps de travail. Le passage massif aux 35 heures ayant coïncidé avec un creux conjoncturel -qui dure encore- les entreprises ont fait autant avec moins ou, pire, moins avec moins de collaborateurs. Mais le scénario optimiste des embauches compensatrices, sur fond de réorganisation des processus, n'a pas eu lieu. En tous cas les salariés que nous avons interrogés n'en ont pas vu la couleur.

La vie quotidienne ? Un salarié sur deux seulement considère que les 35 heures ont été "plutôt positives" pour leur vie personnelle. Maigre score pour une réforme présentée comme une avancée sociale majeure arrachée au patronat. De fait, les jours de RTT glanés pour l'occasion, certes toujours les bienvenues, ne compensent pas les restrictions salariales ou la pression supplémentaire ressentie par les équipes. Ce sont en effet les premières conséquences négatives des 35 heures selon les salariés que nous avons interrogés.

Paradoxe de l'affaire : les cadres, qui ne forment pas le gros des troupes électorales de Martine Aubry, sont finalement les plus satisfaits de la nouvelle situation. La loi leur a fourni le sésame qui leur manquait pour "lever le pied" et prendre quelques distances avec des entreprises qui ne leur ont pas toujours rendu ce qu'elle leur avait demandé.

Triple amertume donc : des réformateurs qui constatent aujourd'hui qu'ils ont fait fausse route et que leur grande oeuvre débouche à la fois sur un immense malentendu social et un formidable contresens économique. Amertume des patrons qui, après avoir géré la mise en place d'une réforme qu'on a imposée à leurs entreprises, doivent assumer son démontage partiel et le service après-vente du "poison à diffusion lente" que dénonce le baron Seillières. Amertume des salariés enfin qui découvrent les réalités des 35 heures : davantage de stress et moins de pouvoir d'achat. Ils se montrent d'ailleurs forts sévères sur les dégâts provoqués : une majorité d'entre eux jugent la mesure "plutôt négative" pour leur entreprise comme pour l'économie française. Ce qui est mauvais pour l'entreprise de M. Martin peut-il être bon pour M. Martin ?

La bonne nouvelle de notre enquête est que les pistes de la réforme sont grandes ouvertes : les trois-quarts des salariés aspirent à un changement du dispositif en vigueur et renvoient les partenaires sociaux à de nouveaux accords sectoriels, plus réalistes et plus respectueux des intérêts de chacun. Loi "du haut", les 35 heures, dans leur V2, risquent de consacrer un nouvel état social décentralisé et morcelé. C'est le nouveau risque. Déjà, l'enquête de EmploiCenter montre des différences considérables dans le nombre de jours de RTT dont bénéficient les salariés français : de 8 à plus de 23 par an. Gare aux nouvelles inégalités.

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