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Bernard Ramanantsoa
Directeur général
Groupe HEC
"J'ai
la conviction que la multi-culture est aujourd'hui indispensable..."
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A la tête de la plus prestigieuse des grandes écoles de
commerce françaises, Bernard Ramanantsoa est un spécialiste
de l'éthique et de la culture dans les entreprises. Très
attaché à l'ouverture d'esprit et à la multiculturalité
de ses étudiants, il revient sur les profils des e-managers de
demain.
EmploiCenter. Pourriez-vous
d'abord nous rappeler en quelques mots la genèse de HEC ?
Bernard Ramanantsoa. C'est en 1881 que la chambre de commerce de Paris
a eu l'idée de s'inspirer de la réussite de l'école
Centrale, créée dès 1829, pour donner naissance à
une école de gestion sur un modèle proche. L'idée
était de répondre aux besoins des entreprises, mais aussi
de favoriser une filière de formation pour le milieu social que
représentaient, à l'époque, les élus de la
chambre de commerce, c'est à dire les petits et moyens commerçants.
A quand remonte
l'implantation de l'école à Jouy-en-Josas ?
En 1964, l'Ecole a été transférée à
Jouy-en-Josas pour permettre la création d'un véritable
campus. Celui-ci a d'ailleurs été inauguré par le
général de Gaulle. Une autre étape importante dans
l'histoire de l'école a été la création quelques
années plus tard d'un corps professoral permanent au sein de l'école,
ce qui lui permet de développer d'importants travaux de recherche.
HEC a joué
un rôle très important dans la période d'éclosion
euphorique des start-up, du moins si l'on en juge par le nombre de vos
anciens étudiants engagés dans l'aventure. Quels souvenirs
en gardez-vous ?
J'ai effectivement eu ce sentiment d'une euphorie un peu particulière
au cours de cette période. Mais je dirai aujourd'hui que le phénomène
est retombé aussi vite qu'il était apparu. On dit un peu
vite aujourd'hui avec le recul, que la situation actuelle était
prévisible. Mais honnêtement, quand étions au coeur
de la bulle, nous n'avions pas prévu une retombée si brutale.
Pensez-vous que
ce mouvement a affecté l'esprit entrepreneurial qui régnait
au cours de cette période ?
Je dirais les choses autrement. Cet épisode a montré que
les Français n'étaient pas moins entreprenants que les autres,
dès lors que les occasions se présentaient. Cette dynamique
avait d'ailleurs provoqué une mini révolution sur le campus,
car tout le monde voulait être du mouvement et lancer son entreprise.
Certains élèves avaient donné naissance à
leur start-up alors qu'ils n'avaient même pas encore quitté
l'école. Les start-up elles-mêmes venaient recruter sur le
campus avec l'aide d'une association spécialement créée
à cette fin.
Pour vous, en
tant qu'enseignant, ces étudiants n'étaient-ils pas trop
jeunes et trop peu expérimentés pour se lancer dans des
projets aussi ambitieux ?
Non je ne crois pas, en particulier pour les étudiants du cycle
grande école. Si l'on ne tente pas cette aventure quand le train
passe à 20 ans, on ne la tentera jamais ! Bien sûr, tout
le monde n'est pas devenu riche, loin de là et certains ont perdu
le peu qu'ils avaient investi, ainsi que beaucoup de temps et d'énergie,
dans ces créations, mais ce n'est pas si grave.
Une récente
enquête du cabinet Deloitte & Touche auprès de la promotion
HEC 2002 montre que vos étudiants aspirent à davantage d'équilibre
entre leur carrière et leur vie privée. S'agit-t-il d'un
changement profond selon vous ?
Je suis très perplexe face à ce type d'étude. Les
HEC sont avant tout de gros bosseurs. Bien sûr, comme tout le monde,
lorsqu'ils sont calés dans un fauteuil, ils vous diront qu'ils
aspirent à obtenir d'importantes responsabilités tout en
gardant du temps pour aller faire du ski et s'occuper de femme et enfants.
Mais cela ne change rien en réalité. Dès qu'ils sont
pris dans le tourbillon de la vie professionnelle, ces discours disparaissent
et cette idée reste à mon avis un voeu pieux.
Quels sont les
secteurs vers lesquels s'orientent majoritairement vos derniers étudiants
?
En fait les choses sont à peu près revenues comme avant,
avec une prédilection pour les cabinets d'audit et les banques
d'affaires, même si les choses sont plus difficiles cette année
car ces entreprises sont très touchées par l'après
11 septembre et la récession économique.
Les salaires
d'embauche ont-ils baissé ?
Je ne crois pas, contrairement à ce que l'on pourrait croire en
prenant connaissance de nos statistiques. Il s'agit en fait de moyennes,
or la moyenne baisse car les entreprises qui offrent les meilleurs salaires
embauchent moins.
A quoi attribuez-vous
la réussite de votre école et son image prestigieuse ?
D'abord merci de poser la question (rires). Je pense que l'importance
de notre corps professoral joue un rôle essentiel car il permet
à nos enseignants de continuer à se développer par
des travaux de recherche, ce qui est impossible avec un corps professoral
trop restreint. Nous avons une centaine de professeurs permanents sur
le campus, une vingtaine d'affiliés et une trentaine d'intervenants
extérieurs. Ce corps professoral enseigne à environ 2 000
étudiants dont 1 300 suivent le cursus grande école,
300 suivent le MBA et 400 le mastère.
Quelle est la
place des NTIC dans votre enseignement ?
Tout le monde à aujourd'hui une conscience réelle de l'enjeu
des technologies, même si cette conscience est parfois intériorisée.
Ces dernières sont intégrées à la quasi-totalité
de nos cours et sont utilisées pour remplacer le support papier
traditionnel. Cela étant, nous sommes encore convaincus que la
formation présentielle reste indispensable. Les technologies sont
donc un ajout et non le moyen de remplacer l'apprentissage classique.
La mise en place
de formations comme les mastères communs avec l'école des
Mines, l'ENST ou Supaéro illustre la montée en puissance
des profils à double culture, commerciale et technique. Pourquoi
cette orientation?
J'ai la conviction que la multi-culture est aujourd'hui indispensable.
Il faut absolument apprendre à nos étudiants à raisonner
de différentes façons. Par exemple un ingénieur,
un scientifique et un gestionnaire ne raisonnent pas selon les mêmes
modes. Pour faire simple, les uns sont plus inductifs et les autres sont
surtout déductifs. C'est par exemple pour cette raison que je souhaite
réintroduire des cours de biologie dans le cursus HEC. L'objectif
n'est pas de faire de nos étudiants de grands biologistes, mais
de leur permettre d'acquérir une culture de base et de comprendre
les raisonnements touchant à la biologie. Nous allons également
accueillir des élèves de l'X l'année prochaine dans
trois de nos majeurs (ndlr: classes de dernière année
de la formation HEC). C'est un excellent moyen pour ces étudiants
d'apprendre à se connaître et se comprendre.
L'aspect multi-culturel
n'est-il pas aussi une nécessité à l'international?
Absolument. Un français ne raisonne pas comme un américain
face au même problème. Le piège serait de dire que
l'une ou l'autre de ses approches serait meilleure: L'importance réside
dans cette diversité. Concrètement, 90 % de nos étudiants
effectuent un stage en entreprise entre la deuxième et la troisième
année de leur cursus. Or aujourd'hui la moitié de ces étudiants
effectuent ce stage dans une entreprise à l'étranger. Par
ailleurs nous ne donnons pas le diplôme à nos étudiants
s'ils n'ont pas 800 au TOEIC (NDLR: Test of English for International
Communication). S'ils n'obtiennent pas ce résultat à
la l'issue de leur cursus, ils doivent parfaire leur anglais et obtenir
ce niveau pour obtenir leur diplôme final. Sinon nous appartenons
à deux grands réseaux d'échanges avec des écoles
internationales: le Community of European Management School et le Program
in International Management.
Vous accueillez
de plus en plus de professionnels pour des cursus de formation continue.
S'agit-il de garder un lien avec vos étudiants ou d'en former d'autres
?
Ce sont en général d'autres étudiants qui suivent
ces formations. On sait que les carrières nécessiteront
d'entreprendre une formation importante tous les 10 ans. Mais nos anciens
privilégient des écoles espagnoles, américaines ou
britanniques plutôt que de revenir dans une école qu'ils
connaissent déjà très bien. En revanche nous avons
aujourd'hui 80 % d'étrangers dans nos MBA.
Quels sont les
principaux défauts et qualités des HEC ?
Je vais être concret et un peu égoïste je le reconnais :
je trouve que nos anciens devraient être plus américains
en ce sens qu'ils devraient participer beaucoup plus au financement de
l'école qui les a formés. Je pense qu'il y a là une
grande force des formations américaines. A mon avis, derrière
cette différence très concrète, il y a une profonde
différence philosophique entre les Anglo-saxons, très attachés
à l'alma mater, la mère nourricière, alors que les
latins la conçoivent d'abord comme un bon souvenir, sur le même
plan que le régiment, sans s'investir davantage.
Et quelles qualités
voudriez-vous mettre en avant ?
Les HEC sont des gens très analytiques, très structurés
mentalement et très ouverts. Je réfute l'arrogance qui leur
est souvent reprochée, ce sont des gens très très
ouverts.
Y a t'il un esprit
de corps chez les anciens HEC?
Il y a un réseau chez les anciens, mais je ne suis pas certain
qu'il y ait un esprit de corps. Pour parler clairement, il n'y a pas de
postes réservés par des HEC pour des HEC dans les entreprises.
A contrario, il y une vraie solidarité entre eux.
Vous utilisez
beaucoup Internet dans votre vie quotidienne ?
Je surfe environ une demi-heure par jour pour chercher des informations
sur la concurrence, sur des systèmes de bourse d'études
ou bien sur des entreprises. Je l'utilise également à des
fins privées pour des activités comme les voyages.
Bernard Ramanantsoa est à la fois
d'ingénieur, (major de Supaéro 71) diplômé
de l'ISA (major 76) titulaire d'un DEA de sociologie, d'un doctorat en
science de gestion (Paris Dauphine) et d'un DEA d'histoire de la philosophie.
(Paris I). Directeur d'HEC, il est également spécialisé
dans l'étude de la culture, l'éthique et l'idéologie
dans les entreprises.
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