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Emploi center > Publication
Le 1 décembre 2008

François Peccoud
Président
Université Technologique de Compiègne (UTC)

"Notre niveau d'innovation et notre proximité avec les entreprises sont nos points forts"


Chercheur en informatique, ancien élève de l'Ecole Polytechnique et créateur d'entreprise, François Peccoud président de l'UTC (l'Université Technologique de Compiègne) depuis 1995 est à la tête d'une institution toute particulière dans l'enseignement public français. A la fois grande école et université, l'UTC dispose depuis sa création d'un système d'enseignement original sur lequel s'alignent peu à peu de nombreuses écoles et université. L'établissement se hisse aujourd'hui systématiquement parmi les quinze meilleures écoles d'ingénieurs dans les différents classements publiés sur le sujet.

Propos recueillis par Fabien Claire, le 29 mars 2002

En savoir plus
Le site de l'UTC
Tremplin UTC
Classement des écoles ingénieurs
Les ingénieurs UTC en chiffres...

EmploiCenter. L'UTC est un établissement original dans l'univers des grandes écoles françaises. Pourriez-vous nous raconter son histoire ?
François Peccoud.
La création de l'UTC provient d'une idée du président Pompidou au lendemain de son arrivée au pouvoir. Traumatisé par les évènements de mai 68, il avait souhaité la création d'un établissement supérieur réunissant les qualités des universités classiques et des grandes écoles, sans laisser place à leurs principaux leurs défauts. Il confie alors le projet à Guy Denielou, ancien officier de marine devenu chef de projet du CEA, au sein duquel il avait développé le premier surgénérateur Superphénix.

Quelle était son idée de départ ?
Guy Danielou a accepté de prendre en charge le projet à la condition d'avoir les coudées franches pour mettre en place son projet.
Il contacte alors plusieurs villes moyennes de province, car il voulait montrer que l'on pouvait mettre en place un établissement à part entière dans une ville moyenne et pas seulement dans une grande métropole. C'est finalement Compiègne qui est choisie, en accord avec le maire de l'époque Jean Legendre.

Quelles sont les premières spécialités enseignées à l'UTC ?
A sa création, l'UTC a été créée avec plusieurs filières en mécanique, enbiologie, en génie chimique et en génie informatique. Cela correspondait aux besoins du marché de l'emploi de l'époque.

Qu'est-ce qui distingue aujourd'hui l'enseignement de l'UTC de celui des autres grandes écoles d'ingénieurs ?
Il y a plusieurs spécificités. Il y a tout d'abord l'importance des sciences humaines qui réprésentent 25 % de l'enseignement total. Dès l'origine, en 1972, un département consacré aux sciences de l'homme a été créé à l'école avec l'idée d'assurer la formation "humaine" de nos ingénieurs. L'autre spécificité est liée à la construction des parcours de nos élèves. L'idée de notre fondateur est que l'on construit un homme en le laissant exprimer sa liberté, y compris dans sa formation. C'est pourquoi à l'UTC nous fonctionnons depuis 30 ans sur un modèle semestriel, très rare à l'époque. Le système repose sur une série d'unités de valeurs qui permettent à nos étudiants de construire leur propre parcours. Ils leur appartient simplement d'engranger un certain nombre d'unités de valeurs en sciences fondamentales, en sciences humaines, en technologie et en culture générale. Chaque étudiant fait le point en fin de semestre avec son conseiller pour préparer le semestre suivant, selon ses attentes. Nous n'avons ni promo, ni moyenne, ni classement ! Nous demandons simplement aux étudiants de construire et de réussir leur parcours.

Quels sont les effectifs de l'école ?
Nous avons 3 000 étudiants sur le campus et nous délivrons chaque année 600 diplômes d'ingénieurs, 140 de DESS et mastères ainsi que 80 thèses. La communauté enseignante représente 290 personnes et 300 administratifs. Pour être complet sur le plan des chiffres, j'ajoute que nous avons un budget annuel de l'ordre de 52 millions d'euros.

Quelle sont les conditions d'accès à l'UTC ?
Nous recrutons la moitié de nos étudiants directement après le Bac et sans Prépa, pour un parcours de cinq ans avec deux années de formation générale. Nous recrutons l'autre moitié de nos étudiants après de bons Deug ou de bons DUT et parmi les étudiants de classe Prépa qui ne se sentent pas bien dans ce processus de sélection. Nous avons donc une importante mixité d'origine sur le campus. Après les deux années initiales pour les étudiants post-Bac, et directement après leur incorporation pour les autres, nos étudiants choisissent la spécialité dans laquelle ils souhaitent travailler.

Quelle est la place des stages en entreprise dans ce cursus ?
Le premier semestre de la deuxième année de formation d'ingénieur, ainsi que le dernier semestre de la troisième année, sont consacrés à des stages en entreprise. Cela signifie qu'un ingénieur UTC, a déjà passé au moins une année en entreprise à sa sortie de l'école. Cela correspondant à la durée prévue par le programme "European credit transfert system" (ECTS) que veut généraliser le ministre Lang.

De quoi s'agit t-il précisément ?
C'est un système d'équivalence entre les formations suivies dans différents pays d'Europe. Cela permet de comptabiliser un module de formation dans une université étrangère comme un module passé dans une université française. Ce système nous permet de créer beaucoup d'échanges avec des universités européennes. Actuellement 60 % de nos étudiants passent au moins un semestre dans une université étrangère et 30 % y consacrent au moins un an. Mais cela suppose une architecture très modulaire. Nous sommes par exemple un des rares établissements à avoir une rentrée en février qui concerne environ 10 % de nos étudiants.

Comment êtes-vous perçu par les autres membres de la conférence des grandes écoles ?
Nous sommes considérés comme un cas particulier, mais cela ne nous empêche pas d'être très bien acceptés par l'ensemble des communautés que sont la conférence des grandes écoles, celle des présidents d'université ou la Cedefi, la Conférence des écoles formant les ingénieurs. Je note simplement que le ministère est en train de donner à l'ensemble des universités des recommandations de mise en oeuvre proches de notre organisation modulaire.

A quoi attribuez le succès de l'UTC auprès du monde des entreprises qui vous classe très régulièrement au même niveau que les grandes écoles les plus prestigieuses ?
Il m'est difficile de m'exprimer sur ce point. Mais je pense que notre niveau élevé en matière d'innovation et l'importance de nos liens contractuels avec les entreprises contribuent beaucoup à cette bonne image et sont nos points forts. Aujourd'hui, 50 % de notre budget recherche est alimenté par des contrats avec des entreprises.

Recevez-vous beaucoup d'étudiants étrangers ?
Nous accueillons en moyenne 250 étudiants étrangers chaque année. Nous avons notamment des accords de double-diplôme en Allemagne, avec l'université de Brunshwig, en Grande-Bretagne, avec l'université technologique de Cranfield, et en Espagne, avec l'université de Saragosse. Nous avons également des accords avec une quinzaine d'universités nord-américaines qui accueillent des étudiants de l'UTC pour des mastères.

Quelle est rôle de la vie associative chez vous ?
Il y a 23 associations sur le campus : des associations culturelles, avec l'organisation de concerts ou de comédies musicales, une radio étudiante, des associations engagées dans une démarche politique avec, par exemple, une antenne d'Attac sur le campus ou encore l'association Ingénieurs sans Frontières. Il y a également des clubs destinés à la mise en place de projets innovants. Nous n'encourageons pas seulement, dans le principe, ces initiatives : nous mettons à disposition de ces associations un enseignant dont le rôle est de professionnaliser ce travail associatif. Cet ancien élève de l'école aide les associations à monter leur budget, à organiser leur existence juridique ou encore à obtenir tel ou tel sponsoring. Nous finançons également deux fois par an des formations destinées aux futurs responsables d'associations pour leur permettre de mieux connaître les règles juridiques et fiscales liées à leur activité.

Quelle est la place des nouvelles technologies dans votre enseignement ?
Elles sont bien évidemment au centre de notre enseignement. Les NTIC, et l'informatique en générale, sont présentes dans toutes les filières. Nous avons des formations spécialisées, comme celle d'ingénieur informaticien ou la filière ingénierie des industries culturelles que j'ai créée, et des formations générales qui intègrent une formation de base à la bureautique disponible en self-service en e-learning. Nous proposons aussi la formation aux logiciels scientifiques pour les ingénieurs. Nous avons par ailleurs des projets de recherches liés aux technologies TV numérique et à l'Internet haut-débit.

Les étudiants de l'UTC ont été moins nombreux que les autres à se lancer dans la création d'entreprises Internet pendant la vague des dotcoms. Comment expliquez-vous cela ?
Il est probable que beaucoup de nos étudiants ont été saturés par l'hystérie autour de cette dotcoms. J'ai encouragé personnellement la création d'entreprises dans tous les domaines technologiques confondus, sans privilégier le Web. Cela a donné des créations d'entreprises informatiques, certes, mais ce sont des activités beaucoup plus professionnelles que de simples dotcoms. Nous avons par exemple un ancien élève de l'UTC, ancien associé de Deloitte, qui a créé Bi-Sam, une société à l'origine de produits spécialisés pour les asset managers. Pour ma part, j'ai lancé une société qui a mis au point logiciel lié à l'utilisation de l'Internet.

Un président d'université créateur d'entreprise, ce n'est pas une démarche banale. D'où vous est venue cette idée ?
J'ai créé cette société Annotis qui édite un petit logiciel d'annotations de mails car je ne voulais plus entendre dire que je ne savais pas ce qu'était un business plan. J'ai donc présenté moi-même ce projet d'entreprise au concours du ministère de l'éducation pour la création d'entreprises innovantes. Je l'ai confiée depuis à un manager pour la faire vivre car je voulais rester aux commandes de l'UTC. Mais cela s'inscrit dans un mouvement que nous avons créé il y a quatre ans autour de la dynamique de création d'entreprise avec trois objectifs : créer en dix ans 100 entreprises nouvelles autour de l'université pour 1 000 emplois créés.

Quel est le bilan, aujourd'hui ?
14 entreprises ont créées à ce jou,r pour un total de 120 emplois, dont trois seulement dans le domaine de l'informatique. Les autres opèrent dans les domaines de la biologie, de l'environnement et de la mécanique.

L'UTC propose-t-elle des enseignements spécifiques orientés vers la création d'entreprises ?
Absolument. Nous formons 150 étudiants par semestre, en particulier grâce à un séminaire destiné aux étudiants thésards et aux élèves ingénieurs. Parallèlement, j'ai affecté deux postes d'enseignants pour accompagner l'innovation sous toutes ses formes au sein de l'université. Cela concerne les créations d'entreprises, mais aussi les dépôts de brevet.

La formation en mode e-learning vous intéresse-t-elle ?
Tout à fait : nous accordons une grande importance à ce que nous appelons la formation ouverte à distance. J'ai lancé l'idée des campus numériques qui existent depuis trois ans maintenant, au niveau de la conférence des grandes écoles. J'étais convaincu que les universités devaient s'unir et créer des consortiums pour mettre en place ces nouvelles offres d'enseignement.

Et pour votre université, où en êtes-vous ?
J'ai lancé un secteur consacré à la formation ouverte à distance et nous avons à ce jour 1 500 heures de formations en ligne. 40 personnes de l'UTC participent d'ores et déjà à ces formes d'enseignement. Nous avons mis au point des produits d'industrialisation de la production de contenu en ligne et de spécification des processus pédagogiques. Nous allons commercialiser ces produits qui permettent de réduire le coût de production des formations en e-learning dans les prochains mois.

Qu'en est-il des anciens de l'UTC : disposez-vous d'une association active ?
L'UTC étant une jeune école, nous n'avons pas encore d'anciens retraités susceptibles de consacrer une partie de leur temps à une telle association. Pendant longtemps l'association des anciens a donc fonctionné tout doucement. J'ai donc décidé, il y a six mois, avec le soutien de mon conseil d'administration, de multiplier par dix la subvention à l'association qui a changé de nom pour devenir Tremplin UTC. Elle dispose maintenant de quelques salariés permanents et le nombre d'adhérents est aujourd'hui passé à 1 600 sur un total de 10 000 diplômés à ce jour.

Vous organisez depuis plusieurs années le prix Roberval. De quoi s'agit -il et quel est son objectif ?
L'idée initiale était d'encourager la vulgarisation de l'information technologique en langue française. On parle beaucoup plus facilement de sciences que des technologies dans notre pays. Avec l'aide du Conseil général de l'Oise, nous avons créé cet ensemble de quatre prix qui récompensent un livre, un manuel d'enseignement supérieur, un produit multimédia et une émission de télévision, tous consacrés à l'initiation technologique. Le prix est organisé chaque année au mois de décembre.

Quels sont pour vous les principales qualités et les défauts majeurs des étudiants de l'UTC ?
Ils sont autonomes, curieux, créatifs et ils ont une grande capacité d'adaptation. Le revers de la médaille est que nos étudiants n'ont pas assez le sens du groupe et de la solidarité, et certains pourraient tomber dans un individualisme de mauvais aloi.

En savoir plus
Le site de l'UTC
Tremplin UTC
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Pour finir, quel usage faites-vous de l'Internet ?
J'ai à la base une formation d'informaticien. Internet est donc au coeur de mon activité professionnelle. Je lis régulièrement de nombreux support d'actualité en ligne comme les Echos. Je consulte mes comptes bancaires sur le Web et j'achète à la fois des logiciels, des livres et de la musique sur des sites comme la Fnac, Amazon et Alapage.

 

François Peccoud, 60 ans est président de l'Université Technologique de Compiègne depuis 1995. Diplômé de l'Ecole Polytechnique (X61), il est également titulaire d'un doctorat d'Etat ès sciences en informatique et mathématiques. Auparavant, et depuis 1965, il a occupé diverses responsabilités au sein des différentes universités de Grenoble dans l'ingénierie de filières de formation en informatique à l'International et la conduite de projets en matière de systèmes d'information et de gestion publique.

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