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François Peccoud
Président
Université Technologique de Compiègne (UTC)
"Notre niveau d'innovation et notre proximité
avec les entreprises sont nos points forts"
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Chercheur en informatique, ancien élève de l'Ecole Polytechnique
et créateur d'entreprise, François Peccoud président
de l'UTC (l'Université Technologique de Compiègne) depuis 1995 est à
la tête d'une institution toute particulière dans l'enseignement
public français. A la fois grande école et université,
l'UTC dispose depuis sa création d'un système d'enseignement
original sur lequel s'alignent peu à peu de nombreuses écoles
et université. L'établissement se hisse aujourd'hui systématiquement
parmi les quinze meilleures écoles d'ingénieurs dans les
différents classements publiés sur le sujet.
Propos recueillis par Fabien
Claire, le 29 mars 2002
EmploiCenter. L'UTC
est un établissement original dans l'univers des grandes écoles
françaises. Pourriez-vous nous raconter son histoire ?
François Peccoud. La création de l'UTC provient d'une
idée du président Pompidou au lendemain de son arrivée
au pouvoir. Traumatisé par les évènements de mai
68, il avait souhaité la création d'un établissement
supérieur réunissant les qualités des universités
classiques et des grandes écoles, sans laisser place à leurs
principaux leurs défauts. Il confie alors le projet à Guy
Denielou, ancien officier de marine devenu chef de projet du CEA, au sein
duquel il avait développé le premier surgénérateur
Superphénix.
Quelle était
son idée de départ ?
Guy Danielou a accepté de prendre en charge
le projet à la condition d'avoir les coudées franches pour
mettre en place son projet.
Il contacte alors plusieurs villes moyennes de province, car il voulait
montrer que l'on pouvait mettre en place un établissement à
part entière dans une ville moyenne et pas seulement dans une grande
métropole. C'est finalement Compiègne qui est choisie, en
accord avec le maire de l'époque Jean Legendre.
Quelles sont les premières
spécialités enseignées à l'UTC ?
A sa création, l'UTC a été créée
avec plusieurs filières en mécanique, enbiologie, en génie
chimique et en génie informatique. Cela correspondait aux besoins
du marché de l'emploi de l'époque.
Qu'est-ce qui distingue
aujourd'hui l'enseignement de l'UTC de celui des autres grandes écoles
d'ingénieurs ?
Il y a plusieurs spécificités. Il y a
tout d'abord l'importance des sciences humaines qui réprésentent
25 % de l'enseignement total. Dès l'origine, en 1972, un département
consacré aux sciences de l'homme a été créé
à l'école avec l'idée d'assurer la formation "humaine"
de nos ingénieurs. L'autre spécificité est liée
à la construction des parcours de nos élèves. L'idée
de notre fondateur est que l'on construit un homme en le laissant exprimer
sa liberté, y compris dans sa formation. C'est pourquoi à
l'UTC nous fonctionnons depuis 30 ans sur un modèle semestriel,
très rare à l'époque. Le système repose sur
une série d'unités de valeurs qui permettent à nos
étudiants de construire leur propre parcours. Ils leur appartient
simplement d'engranger un certain nombre d'unités de valeurs en
sciences fondamentales, en sciences humaines, en technologie et en culture
générale. Chaque étudiant fait le point en fin de
semestre avec son conseiller pour préparer le semestre suivant,
selon ses attentes. Nous n'avons ni promo, ni moyenne, ni classement !
Nous demandons simplement aux étudiants de construire et de réussir
leur parcours.
Quels sont les effectifs
de l'école ?
Nous avons 3 000 étudiants sur le campus et
nous délivrons chaque année 600 diplômes d'ingénieurs,
140 de DESS et mastères ainsi que 80 thèses. La communauté
enseignante représente 290 personnes et 300 administratifs. Pour
être complet sur le plan des chiffres, j'ajoute que nous avons un
budget annuel de l'ordre de 52 millions d'euros.
Quelle sont les conditions
d'accès à l'UTC ?
Nous recrutons la moitié de nos étudiants
directement après le Bac et sans Prépa, pour un parcours
de cinq ans avec deux années de formation générale.
Nous recrutons l'autre moitié de nos étudiants après
de bons Deug ou de bons DUT et parmi les étudiants de classe Prépa
qui ne se sentent pas bien dans ce processus de sélection. Nous
avons donc une importante mixité d'origine sur le campus. Après
les deux années initiales pour les étudiants post-Bac, et
directement après leur incorporation pour les autres, nos étudiants
choisissent la spécialité dans laquelle ils souhaitent travailler.
Quelle est la place
des stages en entreprise dans ce cursus ?
Le premier semestre de la deuxième année
de formation d'ingénieur, ainsi que le dernier semestre de la troisième
année, sont consacrés à des stages en entreprise.
Cela signifie qu'un ingénieur UTC, a déjà passé
au moins une année en entreprise à sa sortie de l'école.
Cela correspondant à la durée prévue par le programme
"European credit transfert system" (ECTS) que veut généraliser
le ministre Lang.
De quoi s'agit t-il
précisément ?
C'est un système d'équivalence entre
les formations suivies dans différents pays d'Europe. Cela permet
de comptabiliser un module de formation dans une université étrangère
comme un module passé dans une université française.
Ce système nous permet de créer beaucoup d'échanges
avec des universités européennes. Actuellement 60 %
de nos étudiants passent au moins un semestre dans une université
étrangère et 30 % y consacrent au moins un an. Mais
cela suppose une architecture très modulaire. Nous sommes par exemple
un des rares établissements à avoir une rentrée en
février qui concerne environ 10 % de nos étudiants.
Comment êtes-vous
perçu par les autres membres de la conférence des grandes
écoles ?
Nous sommes considérés comme un cas particulier,
mais cela ne nous empêche pas d'être très bien acceptés
par l'ensemble des communautés que sont la conférence des
grandes écoles, celle des présidents d'université
ou la Cedefi, la Conférence des écoles formant les ingénieurs.
Je note simplement que le ministère est en train de donner à
l'ensemble des universités des recommandations de mise en oeuvre
proches de notre organisation modulaire.
A quoi attribuez le
succès de l'UTC auprès du monde des entreprises qui vous
classe très régulièrement au même niveau que
les grandes écoles les plus prestigieuses ?
Il m'est difficile de m'exprimer sur ce point. Mais
je pense que notre niveau élevé en matière d'innovation
et l'importance de nos liens contractuels avec les entreprises contribuent
beaucoup à cette bonne image et sont nos points forts. Aujourd'hui,
50 % de notre budget recherche est alimenté par des contrats
avec des entreprises.
Recevez-vous beaucoup
d'étudiants étrangers ?
Nous accueillons en moyenne 250 étudiants étrangers
chaque année. Nous avons notamment des accords de double-diplôme
en Allemagne, avec l'université de Brunshwig, en Grande-Bretagne,
avec l'université technologique de Cranfield, et en Espagne, avec
l'université de Saragosse. Nous avons également des accords
avec une quinzaine d'universités nord-américaines qui accueillent
des étudiants de l'UTC pour des mastères.
Quelle est rôle
de la vie associative chez vous ?
Il y a 23 associations sur le campus : des associations
culturelles, avec l'organisation de concerts ou de comédies musicales,
une radio étudiante, des associations engagées dans une
démarche politique avec, par exemple, une antenne d'Attac sur le
campus ou encore l'association Ingénieurs sans Frontières.
Il y a également des clubs destinés à la mise en
place de projets innovants. Nous n'encourageons pas seulement, dans le
principe, ces initiatives : nous mettons à disposition de
ces associations un enseignant dont le rôle est de professionnaliser
ce travail associatif. Cet ancien élève de l'école
aide les associations à monter leur budget, à organiser
leur existence juridique ou encore à obtenir tel ou tel sponsoring.
Nous finançons également deux fois par an des formations
destinées aux futurs responsables d'associations pour leur permettre
de mieux connaître les règles juridiques et fiscales liées
à leur activité.
Quelle est la place
des nouvelles technologies dans votre enseignement ?
Elles sont bien évidemment au centre de notre
enseignement. Les NTIC, et l'informatique en générale, sont
présentes dans toutes les filières. Nous avons des formations
spécialisées, comme celle d'ingénieur informaticien
ou la filière ingénierie des industries culturelles que
j'ai créée, et des formations générales qui
intègrent une formation de base à la bureautique disponible
en self-service en e-learning. Nous proposons aussi la formation aux logiciels
scientifiques pour les ingénieurs. Nous avons par ailleurs des
projets de recherches liés aux technologies TV numérique
et à l'Internet haut-débit.
Les étudiants
de l'UTC ont été moins nombreux que les autres à
se lancer dans la création d'entreprises Internet pendant la vague
des dotcoms. Comment expliquez-vous cela ?
Il est probable que beaucoup de nos étudiants
ont été saturés par l'hystérie autour de cette
dotcoms. J'ai encouragé personnellement la création d'entreprises
dans tous les domaines technologiques confondus, sans privilégier
le Web. Cela a donné des créations d'entreprises informatiques,
certes, mais ce sont des activités beaucoup plus professionnelles
que de simples dotcoms. Nous avons par exemple un ancien élève
de l'UTC, ancien associé de Deloitte, qui a créé
Bi-Sam, une société à l'origine de produits spécialisés
pour les asset managers. Pour ma part, j'ai lancé une société
qui a mis au point logiciel lié à l'utilisation de l'Internet.
Un président
d'université créateur d'entreprise, ce n'est pas une démarche
banale. D'où vous est venue cette idée ?
J'ai créé cette société
Annotis qui édite un petit logiciel d'annotations de mails car
je ne voulais plus entendre dire que je ne savais pas ce qu'était
un business plan. J'ai donc présenté moi-même ce projet
d'entreprise au concours du ministère de l'éducation pour
la création d'entreprises innovantes. Je l'ai confiée depuis
à un manager pour la faire vivre car je voulais rester aux commandes
de l'UTC. Mais cela s'inscrit dans un mouvement que nous avons créé
il y a quatre ans autour de la dynamique de création d'entreprise
avec trois objectifs : créer en dix ans 100 entreprises nouvelles
autour de l'université pour 1 000 emplois créés.
Quel est le bilan,
aujourd'hui ?
14 entreprises ont créées à ce
jou,r pour un total de 120 emplois, dont trois seulement dans le domaine
de l'informatique. Les autres opèrent dans les domaines de la biologie,
de l'environnement et de la mécanique.
L'UTC propose-t-elle
des enseignements spécifiques orientés vers la création
d'entreprises ?
Absolument. Nous formons 150 étudiants par semestre,
en particulier grâce à un séminaire destiné
aux étudiants thésards et aux élèves ingénieurs.
Parallèlement, j'ai affecté deux postes d'enseignants pour
accompagner l'innovation sous toutes ses formes au sein de l'université.
Cela concerne les créations d'entreprises, mais aussi les dépôts
de brevet.
La formation en mode
e-learning vous intéresse-t-elle ?
Tout à fait : nous accordons une grande
importance à ce que nous appelons la formation ouverte à
distance. J'ai lancé l'idée des campus numériques
qui existent depuis trois ans maintenant, au niveau de la conférence
des grandes écoles. J'étais convaincu que les universités
devaient s'unir et créer des consortiums pour mettre en place ces
nouvelles offres d'enseignement.
Et pour votre université,
où en êtes-vous ?
J'ai lancé un secteur consacré à
la formation ouverte à distance et nous avons à ce jour
1 500 heures de formations en ligne. 40 personnes de l'UTC participent
d'ores et déjà à ces formes d'enseignement. Nous
avons mis au point des produits d'industrialisation de la production de
contenu en ligne et de spécification des processus pédagogiques.
Nous allons commercialiser ces produits qui permettent de réduire
le coût de production des formations en e-learning dans les prochains
mois.
Qu'en est-il des anciens
de l'UTC : disposez-vous d'une association active ?
L'UTC étant une jeune école, nous n'avons
pas encore d'anciens retraités susceptibles de consacrer une partie
de leur temps à une telle association. Pendant longtemps l'association
des anciens a donc fonctionné tout doucement. J'ai donc décidé,
il y a six mois, avec le soutien de mon conseil d'administration, de multiplier
par dix la subvention à l'association qui a changé de nom
pour devenir Tremplin UTC. Elle dispose maintenant de quelques salariés
permanents et le nombre d'adhérents est aujourd'hui passé
à 1 600 sur un total de 10 000 diplômés à
ce jour.
Vous organisez depuis
plusieurs années le prix Roberval. De quoi s'agit -il et quel est
son objectif ?
L'idée initiale était d'encourager la
vulgarisation de l'information technologique en langue française.
On parle beaucoup plus facilement de sciences que des technologies dans
notre pays. Avec l'aide du Conseil général de l'Oise, nous
avons créé cet ensemble de quatre prix qui récompensent
un livre, un manuel d'enseignement supérieur, un produit multimédia
et une émission de télévision, tous consacrés
à l'initiation technologique. Le prix est organisé chaque
année au mois de décembre.
Quels sont pour vous
les principales qualités et les défauts majeurs des étudiants
de l'UTC ?
Ils sont autonomes, curieux,
créatifs et ils ont une grande capacité d'adaptation. Le
revers de la médaille est que nos étudiants n'ont pas assez
le sens du groupe et de la solidarité, et certains pourraient tomber
dans un individualisme de mauvais aloi.
Pour finir, quel usage
faites-vous de l'Internet ?
J'ai à la base une formation d'informaticien.
Internet est donc au coeur de mon activité professionnelle. Je
lis régulièrement de nombreux support d'actualité
en ligne comme les Echos. Je consulte mes comptes bancaires sur le Web
et j'achète à la fois des logiciels, des livres et de la
musique sur des sites comme la Fnac, Amazon et Alapage.
François Peccoud, 60 ans est président
de l'Université Technologique de Compiègne depuis 1995.
Diplômé de l'Ecole Polytechnique (X61), il est également
titulaire d'un doctorat d'Etat ès sciences en informatique et mathématiques.
Auparavant, et depuis 1965, il a occupé diverses responsabilités
au sein des différentes universités de Grenoble dans l'ingénierie
de filières de formation en informatique à l'International
et la conduite de projets en matière de systèmes d'information
et de gestion publique.
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