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Emploi center > Publication
Le 27 novembre 2009

Marc Peyrade
Directeur

ENST Paris

"
Nous formons des gens capables de construire une carrière de généralistes à partir d'une forte base technologique.
"


Le dossier

Ancien élève de l'X devenu ingénieur télécoms après son passage à l'ENST Paris, Marc Peyrade est aujourd'hui le directeur de cette ancienne et prestigieuse institution. Après une carrière au sein de la DGT, devenue France Télécom, Marc Peyrade a pris la direction de l'ENST en 1998.

Emploicenter. Pourriez-vous d'abord nous rappeler l'origine de l'ENST Paris ?
Marc Peyrade. L'origine de l'école remonte à l'année 1878 avec la création de l'école supérieure des télégraphes, l'école publique qui devait former les ingénieurs spécialistes des moyens de transmission de l'époque. L'école est ensuite devenue l'école des PTT puis l'école nationale supérieure des télécoms (ENST) en 1942, le nom qu'elle porte encore aujourd'hui. Mais l'Enst est souvent mieux connue sous le nom de Telecom paris. L'école se définit aujourd'hui comme l'école de la société de l'information.

Que signifie cette évolution autour de votre nom ?
Nous avons aujourd'hui quitté le strict champ des télécoms et même dépassé le seul domaine technique pour devenir une école généraliste du secteur. Telecom Paris dispose également d'une activité d'enseignement et de recherche dans les domaines de l'économie, de la gestion et du management.

Quels sont vos rapports avec l'ENST Bretagne ?
En tant qu'école, nous sommes deux établissements distincts et autonomes. En revanche, pour nos 250 à 300 enseignants chercheurs, nous appartenons ensemble au Groupe des Ecoles des Télécommunications (GET). L'ENST Bretagne a été créée pour sa part il y a environ 25 ans par la DGT (ancêtre de France Télécom) à une époque où la France devait rattraper son retard historique en matière de télécoms. L'administration a décidé alors d'ouvrir une seconde école des télécommunications en synergie avec les centres télécoms de Lannion.

Quel est le rôle précis de ce GET récemment créé ?
Il s'agit d'un établissement public administratif qui regroupe les ENST de Paris et Bretagne et l'INT d'Evry. Se joignent à ce noyau Eurecom, qui est un GIE situé à Sophia Antipolis et qui lie l'ENST Paris et l'école Polytechnique de Lausanne, l'Enic de Lille qui résulte d'un partenariat entre l'INT et l'université de Lille I et l'institut des applications avancées de l'Internet de Marseille, ouverte en septembre dernier. L'objet de ce groupe est de permettre à ces écoles de développer des projets de recherches unifiés et coordonnés.

Quelles sont les différentes filières d'accès au cursus d'ingénieur de l'ENST ? Il y a de nombreuses filières d'accès à l'école avec d'abord, pour accéder à la première année, le concours commun Mines-Ponts accessible après Math sup. et Spé. Depuis cette année, nous acceptons également des élèves sur titre en première année avec une licence de math, de physique ou d'informatique. Nous accueillons également sur titre et directement en 2ème année, une quarantaine d'étudiants titulaires d'une maîtrise de sciences obtenue avec une mention bien ou très bien. Nous avons également 50 à 60 étudiants venus d'universités européennes avec lesquelles nous avons des accords de double diplôme, qui arrivent en deuxième année. Et bien sûr nous accueillons les 80 élèves de l'X directement en deuxième année.

Quelle est l'origine des liens privilégies de l'X avec l'ENST ?
L'X a toujours formé les ingénieurs des grands corps techniques de l'Etat et c'est assez naturellement que l'ENST est devenue une école d'application de l'X pour former les ingénieurs télécoms de l'administration. Nous sommes aujourd'hui la principale école d'application pour les élèves de l'X.

Que représente cette petite communauté des anciens élèves de l'X au sein de l'ENST ?
Sur les 1 000 étudiants de l'école aujourd'hui, toutes filières confondues, les X sont au total 160 élèves ingénieurs répartis entre la deuxième et la troisième année de formation d'ingénieur. Ils représentent un quart de nos élèves dans la filière ingénieurs. C'est donc une communauté importante au sein de l'Ecole.

Vous proposez je crois également des masters ?
Effectivement, nous avons 12 masters spécialisés, la plupart très orientés technique et quelques masters business, l'un orienté net-business en partenariat avec HEC et un autre avec l'Essec dans le management des systèmes d'information. Nous disposons enfin d'un master multimédia qui résulte d'un partenariat avec l'école nationale des Beaux-Arts et l'Ina. Nous sommes par ailleurs reconnus comme école doctorale en partenariat avec l'X, l'université Pierre et Marie Curie, le Cnam et l'école de physique chimie industrielle. Cette école doctorale comprend actuellement 230 à 240 thésards dont 150 qui sont dans les labos de l'école.

Vers quelles carrières s'orientent vos anciens élèves ?
Les débouchés sont très larges : le conseil, la recherche et développement ou même la création d'entreprise. On note un nouveau phénomène qui est la rapidité avec laquelle nos anciens changent de métier ou même de filières. Aujourd'hui, si l'on regarde le parcours de nos anciens, 15 ans après leur sortie de l'ENST, 50 % ne sont plus ingénieurs et ont évolué par exemple vers le marketing, 40 % ont quitté le secteur des télécoms et 10% ont à la fois changé de secteur et de métier.

Comment expliquez-vous cette nouvelle tendance ?
Nous ne formons plus seulement des spécialistes mais plutôt des gens capables de construire une carrière de généralistes de l'économie à partir d'une forte base technologique. Par exemple, l'actuel directeur général du Groupe Heineken en France est un ingénieur ENST et il est aussi président de l'association des anciens. Actuellement, nos étudiants de 1ère année ont davantage de cours non-techniques, comme les langues, le droit et l'économie que de cours techniques. Depuis la rentrée 2001, nous proposons, à partir de la 2ème année, un cursus totalement modulaire qui permet aux étudiants de choisir parmi 75 unités d'enseignement leurs cursus personnels. L'objectif est de permettre à nos futurs ingénieurs de coller étroitement à leur projet professionnel. Notre enquête montre que les anciens élèves de Telecom Paris ont été nombreux à créer ou prendre la direction de jeunes sociétés du secteur NTIC.

Constatez-vous une augmentation de ces vocations d'entrepreneurs ? Précisément et c'est pour cette raison que nous avons créé un incubateur en juillet 1999 au sein de l'école pour leur permettre de faire naître leur projet dans nos murs. A ce jour, nous avons 30 entreprises en incubation qui sont portées par des élèves, des anciens ou des chercheurs.

Apportez-vous du financement à ces jeunes entreprises ?
Nous leur apportons plutôt un support et du conseil grâce à un cercle rapproché d'experts. Par ailleurs, le GET dispose d'un fond d'amorçage depuis l'année dernière et sa filiale GET participation prend quelques parts dans des entreprises issues des travaux de chercheurs du GET. Depuis sa création, une dizaine d'entreprises sont sorties de l'incubateur et se sont développées ou ont été vendues par leurs promoteurs à des grands groupes industriels.

L'effondrement du marché des dotcoms a-t-il fait évolué le profil des entreprises incubées ?
Nous n'avons effectivement pratiquement plus de projet de dotcoms. Il s'agit davantage aujourd'hui de projets technologiques plus que de concept marketing à adapter sur le web.

Comment préparez-vous vos élèves ingénieurs à des carrières de plus en plus internationales ?
Nous mettons actuellement l'accent sur la dimension internationale de notre cursus. Par exemple, nous allons permettre à partir de l'année prochaine à 40 de nos étudiants de suivre la première année de leur formation à l'école sur le campus Eurecom de Sophia Antipolis où ils se retrouveront avec une importante communauté d'étudiants étrangers qui représentent environ la moitié des élèves d'Eurecom. La moitié des cours y sont d'ailleurs dispensés en anglais.

Vos étudiants effectuent-ils des stages à l'étranger ?
Ils sont effectivement de plus en plus nombreux à choisir d'effectuer au moins une partie des 3 stages du cursus d'ingénieur à l'étranger. 35 % des stages de première année ont été effectués l'année dernière à l'étranger et ce chiffre passe à 45 % pour les stages de deuxième année. Nous avons par ailleurs des accords de double diplôme avec 4 universités européennes et nous sommes en train de négocier un accord avec l'école Polytechnique fédérale de Lausanne. Un autre accord de ce type doit également être signé la semaine prochaine avec l'université de Singapour. 16 % des anciens élèves de l'année dernière sont embauchés à l'étranger dès leur premier emploi dont un tiers aux Etats-Unis.

La vie étudiante en périphérie de l'enseignement purement académique joue souvent un grand rôle au sein des grandes écoles, Télécom Paris confirme-t-elle cette tendance ?
Absolument, nous accordons une place très importante à la formation humaine en marge de la formation technique. Nous avons un important vivier d'associations diverses et variées. Chacune d'entre elles fédère les énergies autour de projets très différents. Je citerais par exemple l'organisation de comédies musicales made in Broadway, encadrées chaque année par les professeurs d'anglais ou encore la semaine spéciale Salsa pour laquelle le club Salsa de Télécom Paris a fait venir un célèbre professeur américain pour dispenser des cours à l'école pendant toute une semaine. Les idées et les projets fusent dans tous les coins. Après les années de taupes (prépa), nos étudiants ont soif d'ouverture et éprouvent une espèce de fascination pour tout ce qui n'est pas technique. Il existe une quarantaine d'associations à l'école, plus les innombrables clubs, ce qui permet à nos étudiants d'avoir une vie particulièrement intense dans le cadre de l'école.

Vous avez des étudiants étrangers ?
Sur les 1 000 étudiants de Telecom Paris, nous avons aujourd'hui 27 % d'étudiants étrangers. Pour faciliter leur intégration, nous avons d'ailleurs mis en place une opération que nous appelons cousin/cousine qui leur permet d'être parrainés par des étudiants français qui leur apportent à la fois un soutien et des liens avec une famille française. Ils sont aussi prioritaires pour être logés dans la maison des élèves.

Y a-t-il un vrai réseau d'anciens ENST ?
Il n'y a pas de véritable esprit de corps chez les anciens Télécom Paris, comme chez les X qui vivent vraiment ensemble pendant 2 ans. Mais nos élèves nouent entre eux des liens personnels très privilégiés pendant leur passage à l'école. Ces petits groupes vont constituer pour eux un noyau de relations particulièrement stables et efficaces. Il y a plutôt le sentiment d'appartenance à une communauté. Par ailleurs, l'association des anciens, l'AIST, travaille avec nous à la promotion de l'école et de son diplôme d'ingénieur.

Quelles sont pour vous les qualités principales de l'ingénieur de Télécom Paris ?
Les choses changent d'une génération à l'autre mais si je me base sur les dernières promotions, je suis frappé par le dynamisme et la curiosité de nos étudiants. Ce sont en général des personnalités très constructives, des gens très positifs et attachants. J'ai sous les yeux, au moment où je vous parle, la carte de trois anciens qui connaissent mon goût pour la montagne et qui m'envoient une carte de leur traking de trois mois au Népal. Ils ont un goût pour l'entreprise et l'aventure.

Et si nous devions parler d'un défaut ?
Je citerais peut-être le manque d'humilité. Nos étudiants ont réussi un concours difficile et peuvent facilement prendre la grosse-tête. Mais il faut bien voir que le marché porteur de ces dernières années faisait des jeunes ingénieurs de l'Enst des gens très recherchés. Le salaire moyen d'embauche est passé de 243 KF en 2000 à 258 KF en 2001, soit une augmentation de 15 %. Ce sont des gens qui ont 20 offres de stages et 10 propositions d'embauche à la sortie de leur formation. On leur propose souvent des salaires supérieurs à ceux des X et Centraliens.

Que leur dites-vous pour les ramener à plus d'humilité ?
Dès leur intégration à l'école, je leur rappelle que les qualités sur lesquelles ils ont été jugés pour arriver jusqu'ici ne leur serviront plus par la suite. Ils ont certes fait un pas, mais ils doivent faire leur preuve sur le marché et ils ont encore 1 000 pas à faire au moment où ils mettent les pieds à l'école.

Pour finir, êtes-vous personnellement un grand utilisateur de l'Internet ?
En dehors de la messagerie que j'utilise en permanence, je n'ai pas suffisamment de temps pour utiliser le réseau autant que je le souhaite. Mais j'ai personnellement acheté un séjour de Thalassothérapie avec ma femme sur le site Lastminute.com.

Propos recueillis par Fabien Claire le 11 janvier 2001

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