Ancien élève de l'X devenu ingénieur télécoms
après son passage à l'ENST
Paris, Marc Peyrade est aujourd'hui le directeur de cette ancienne et
prestigieuse institution. Après une carrière au sein de la DGT, devenue France
Télécom, Marc Peyrade a pris la direction de l'ENST en 1998.
Emploicenter.
Pourriez-vous d'abord nous rappeler l'origine de l'ENST Paris ?
Marc Peyrade. L'origine de l'école
remonte à l'année 1878 avec la création de l'école supérieure des télégraphes,
l'école publique qui devait former les ingénieurs spécialistes des moyens
de transmission de l'époque. L'école est ensuite devenue l'école des PTT puis
l'école nationale supérieure des télécoms (ENST) en 1942, le nom qu'elle porte
encore aujourd'hui. Mais l'Enst est souvent mieux connue sous le nom de Telecom
paris. L'école se définit aujourd'hui comme l'école de la société de l'information.
Que signifie cette
évolution autour de votre nom ?
Nous avons aujourd'hui quitté le strict
champ des télécoms et même dépassé le seul domaine technique pour devenir
une école généraliste du secteur. Telecom Paris dispose également d'une activité
d'enseignement et de recherche dans les domaines de l'économie, de la gestion
et du management.
Quels sont vos rapports
avec l'ENST Bretagne ?
En tant qu'école, nous sommes deux établissements distincts et autonomes.
En revanche, pour nos 250 à 300 enseignants chercheurs, nous appartenons ensemble
au Groupe des Ecoles des Télécommunications (GET). L'ENST Bretagne a été créée
pour sa part il y a environ 25 ans par la DGT (ancêtre de France Télécom)
à une époque où la France devait rattraper son retard historique en matière
de télécoms. L'administration a décidé alors d'ouvrir une seconde
école des télécommunications en synergie avec les centres télécoms de Lannion.
Quel est le rôle
précis de ce GET récemment créé ?
Il s'agit d'un établissement public administratif
qui regroupe les ENST de Paris et Bretagne et l'INT d'Evry. Se joignent à
ce noyau Eurecom, qui est un GIE situé à Sophia Antipolis et qui lie l'ENST
Paris et l'école Polytechnique de Lausanne, l'Enic de Lille qui résulte d'un
partenariat entre l'INT et l'université de Lille I et l'institut des applications
avancées de l'Internet de Marseille, ouverte en septembre dernier. L'objet
de ce groupe est de permettre à ces écoles de développer des projets de recherches
unifiés et coordonnés.
Quelles sont les
différentes filières d'accès au cursus d'ingénieur de l'ENST ? Il
y a de nombreuses filières d'accès à l'école avec d'abord, pour accéder à
la première année, le concours commun Mines-Ponts accessible après
Math sup. et Spé. Depuis cette année, nous acceptons également des élèves
sur titre en première année avec une licence de math, de physique ou d'informatique.
Nous accueillons également sur titre et directement en 2ème année, une quarantaine
d'étudiants titulaires d'une maîtrise de sciences obtenue avec une mention
bien ou très bien. Nous avons également 50 à 60 étudiants venus d'universités
européennes avec lesquelles nous avons des accords de double diplôme, qui
arrivent en deuxième année. Et bien sûr nous accueillons les 80 élèves
de l'X directement en deuxième année.
Quelle est l'origine
des liens privilégies de l'X avec l'ENST ?
L'X a toujours formé les ingénieurs des
grands corps techniques de l'Etat et c'est assez naturellement que l'ENST
est devenue une école d'application de l'X pour former les ingénieurs télécoms
de l'administration. Nous sommes aujourd'hui la principale école d'application
pour les élèves de l'X.
Que représente cette
petite communauté des anciens élèves de l'X au sein de l'ENST ?
Sur les 1 000
étudiants de l'école aujourd'hui, toutes filières confondues, les X
sont au total 160 élèves ingénieurs répartis entre la deuxième et la troisième
année de formation d'ingénieur. Ils représentent un quart de nos élèves dans
la filière ingénieurs. C'est donc une communauté importante au sein de l'Ecole.
Vous proposez je
crois également des masters ?
Effectivement, nous avons 12 masters
spécialisés, la plupart très orientés technique et quelques masters business,
l'un orienté net-business en partenariat avec HEC et un autre avec l'Essec
dans le management des systèmes d'information. Nous disposons enfin d'un master
multimédia qui résulte d'un partenariat avec l'école nationale des Beaux-Arts
et l'Ina. Nous sommes par ailleurs reconnus comme école doctorale en partenariat
avec l'X, l'université Pierre et Marie Curie, le Cnam et l'école de physique
chimie industrielle. Cette école doctorale comprend actuellement 230 à 240
thésards dont 150 qui sont dans les labos de l'école.
Vers quelles carrières
s'orientent vos anciens élèves ?
Les débouchés sont très larges : le conseil,
la recherche et développement ou même la création d'entreprise. On note un
nouveau phénomène qui est la rapidité avec laquelle nos anciens changent de
métier ou même de filières. Aujourd'hui, si l'on regarde le parcours de nos
anciens, 15 ans après leur sortie de l'ENST, 50 % ne sont plus ingénieurs
et ont évolué par exemple vers le marketing, 40 % ont quitté le secteur
des télécoms et 10% ont à la fois changé de secteur et de métier.
Comment expliquez-vous
cette nouvelle tendance ?
Nous ne formons plus seulement des spécialistes
mais plutôt des gens capables de construire une carrière de généralistes de
l'économie à partir d'une forte base technologique. Par exemple, l'actuel
directeur général du Groupe Heineken en France est un ingénieur ENST et il
est aussi président de l'association des anciens. Actuellement, nos étudiants
de 1ère année ont davantage de cours non-techniques, comme les langues, le
droit et l'économie que de cours techniques. Depuis
la rentrée 2001, nous proposons,
à partir de la 2ème année, un cursus totalement
modulaire qui permet aux étudiants de choisir parmi 75 unités d'enseignement
leurs cursus personnels. L'objectif est de permettre à nos futurs ingénieurs
de coller étroitement à leur projet professionnel. Notre enquête montre que
les anciens élèves de Telecom Paris ont été nombreux à créer ou prendre la
direction de jeunes sociétés du secteur NTIC.
Constatez-vous une
augmentation de ces vocations d'entrepreneurs ? Précisément
et c'est pour cette raison que nous avons créé un incubateur en juillet 1999
au sein de l'école pour leur permettre de faire naître leur projet dans nos
murs. A ce jour, nous avons 30 entreprises en incubation qui sont portées
par des élèves, des anciens ou des chercheurs.
Apportez-vous du
financement à ces jeunes entreprises ?
Nous leur apportons plutôt un support
et du conseil grâce à un cercle rapproché d'experts. Par ailleurs, le GET
dispose d'un fond d'amorçage depuis l'année dernière et sa filiale GET participation
prend quelques parts dans des entreprises issues des travaux de chercheurs
du GET. Depuis sa création, une dizaine d'entreprises sont sorties de l'incubateur
et se sont développées ou ont été vendues par leurs promoteurs à des grands
groupes industriels.
L'effondrement du
marché des dotcoms a-t-il fait évolué le profil des entreprises incubées ?
Nous n'avons effectivement pratiquement
plus de projet de dotcoms. Il s'agit davantage aujourd'hui de projets technologiques
plus que de concept marketing à adapter sur le web.
Comment préparez-vous
vos élèves ingénieurs à des carrières de plus en plus internationales ?
Nous mettons actuellement l'accent sur
la dimension internationale de notre cursus. Par exemple, nous allons permettre
à partir de l'année prochaine à 40 de nos étudiants de suivre la première
année de leur formation à l'école sur le campus Eurecom de Sophia Antipolis
où ils se retrouveront avec une importante communauté d'étudiants étrangers
qui représentent environ la moitié des élèves d'Eurecom. La
moitié des cours y sont d'ailleurs dispensés en anglais.
Vos étudiants effectuent-ils
des stages à l'étranger ?
Ils sont effectivement de plus en plus
nombreux à choisir d'effectuer au moins une partie des 3 stages du cursus
d'ingénieur à l'étranger. 35 % des stages de première année ont
été effectués l'année dernière à l'étranger et ce chiffre passe à 45 %
pour les stages de deuxième année. Nous avons par ailleurs des accords de
double diplôme avec 4 universités européennes et nous sommes en train de négocier
un accord avec l'école Polytechnique fédérale de Lausanne. Un autre accord
de ce type doit également être signé la semaine prochaine avec l'université
de Singapour. 16 % des anciens élèves de l'année dernière sont embauchés
à l'étranger dès leur premier emploi dont un tiers aux Etats-Unis.
La vie étudiante
en périphérie de l'enseignement purement académique joue souvent un grand
rôle au sein des grandes écoles, Télécom Paris confirme-t-elle cette tendance
?
Absolument, nous accordons une place
très importante à la formation humaine en marge de la formation technique.
Nous avons un important vivier d'associations diverses et variées. Chacune
d'entre elles fédère les énergies autour de projets très différents.
Je citerais par exemple l'organisation de comédies musicales made in Broadway,
encadrées chaque année par les professeurs d'anglais ou encore la semaine
spéciale Salsa pour laquelle le club Salsa de Télécom Paris a fait venir un
célèbre professeur américain pour dispenser des cours à l'école pendant toute
une semaine. Les idées et les projets fusent dans tous les coins. Après les
années de taupes (prépa), nos étudiants ont soif d'ouverture et éprouvent
une espèce de fascination pour tout ce qui n'est pas technique. Il existe
une quarantaine d'associations à l'école, plus les innombrables clubs, ce
qui permet à nos étudiants d'avoir une vie particulièrement intense dans le
cadre de l'école.
Vous avez des étudiants
étrangers ?
Sur les 1 000 étudiants de Telecom
Paris, nous avons aujourd'hui 27 % d'étudiants étrangers. Pour
faciliter leur intégration, nous avons
d'ailleurs mis en place une opération que nous appelons cousin/cousine qui
leur permet d'être parrainés par des étudiants français qui leur apportent
à la fois un soutien et des liens avec une famille française. Ils sont aussi
prioritaires pour être logés dans la maison des élèves.
Y a-t-il un vrai
réseau d'anciens ENST ?
Il n'y a pas de véritable esprit de corps
chez les anciens Télécom Paris, comme chez les X qui vivent vraiment ensemble
pendant 2 ans. Mais nos élèves nouent entre eux des liens personnels très
privilégiés pendant leur passage à l'école. Ces petits groupes vont constituer
pour eux un noyau de relations particulièrement stables et efficaces. Il y
a plutôt le sentiment d'appartenance à une communauté. Par ailleurs, l'association
des anciens, l'AIST, travaille avec nous à la promotion de l'école et de son
diplôme d'ingénieur.
Quelles sont pour
vous les qualités principales de l'ingénieur de Télécom Paris ?
Les choses changent d'une génération
à l'autre mais si je me base sur les dernières promotions, je suis frappé
par le dynamisme et la curiosité de nos étudiants. Ce sont en général des
personnalités très constructives, des gens très positifs et attachants. J'ai
sous les yeux, au moment où je vous parle, la carte de trois anciens qui connaissent
mon goût pour la montagne et qui m'envoient une carte de leur traking de trois
mois au Népal. Ils ont un goût pour l'entreprise et l'aventure.
Et si nous devions
parler d'un défaut ?
Je citerais peut-être le manque d'humilité.
Nos étudiants ont réussi un concours difficile et peuvent facilement prendre
la grosse-tête. Mais il faut bien voir que le marché porteur de ces dernières
années faisait des jeunes ingénieurs de l'Enst des gens très recherchés. Le
salaire moyen d'embauche est passé de 243 KF en 2000 à 258 KF en 2001, soit
une augmentation de 15 %. Ce sont des gens qui ont 20 offres de stages
et 10 propositions d'embauche à la sortie de leur formation. On leur propose
souvent des salaires supérieurs à ceux des X et Centraliens.
Que leur dites-vous
pour les ramener à plus d'humilité ?
Dès leur intégration à l'école, je leur
rappelle que les qualités sur lesquelles ils ont été jugés pour arriver jusqu'ici
ne leur serviront plus par la suite. Ils ont certes fait un pas, mais ils
doivent faire leur preuve sur le marché et ils ont encore 1 000 pas à
faire au moment où ils mettent les pieds à l'école.
Pour finir, êtes-vous
personnellement un grand utilisateur de l'Internet ?
En dehors de la messagerie que j'utilise
en permanence, je n'ai pas suffisamment de temps pour utiliser le réseau autant
que je le souhaite. Mais j'ai personnellement acheté un séjour de Thalassothérapie
avec ma femme sur le site Lastminute.com.
Propos recueillis par
Fabien Claire le 11 janvier 2001