Diaa Elyaacoubi, 31 ans, est à l'origine,
avec son associé, de la société de service e-Brands
qui propose des services de fourniture d'accès en marque blanche et
de gestion d'abonnés aux entreprises. Après la vente de sa société
au groupe Vivendi à la fin de l'année 2000, cette ancienne salariée
de Cegetel a pris quelques mois de recul après cette période
riche et intense, avant de lancer de nouveaux projets d'entreprises.
Emploicenter. Quel
parcours vous a conduit à l'ENST Paris ?
Diaa Elyaacoubi. Je ne suis pas
passée par le parcours classique Mines-Pont pour accéder à
l'école. J'ai commencé par un parcours universitaire avec une
maîtrise d'électronique et c'est en 1992, après cette
maîtrise, que j'ai intégré Télécom Paris
en deuxième année. J'étais également admise à
Centrale et à Supélec auxquels je m'étais inscrite pour
plus de sécurité, mais je préférais vraiment Télécom
Paris car je suis passionnée par les produits télécoms
qui nous entourent : les téléphones, les mobiles, les radios
et les satellites. Je voulais vraiment comprendre comment tout cela fonctionnait.
Votre goût
pour les télécoms remonte-t-il à l'origine de votre parcours
universitaire ?
En fait, à l'origine, je rêvais de faire une thèse en
physique fondamentale. Puis j'ai changé d'avis car je voulais davantage
d'opérationnel et du challenge. J'avais besoin de me battre et de travailler
sur du concret pour obtenir rapidement des résultats tangibles. Et
puis je pressentais également un engouement pour le secteur des télécoms.
Nous étions, au début des années 90, au lendemain de
la création de Global One entre France Télécom et Deutsch
Telekom et nous attendions la naissance des opérateurs télécoms
alternatifs. L'arrivée de l'Internet allait également faire
naître de nouveaux besoins et de nouveaux métiers. Et puis je
voulais vivre dans Paris et Télécom est une des rares écoles
situées dans Paris intra-muros et non pas en banlieue ou en Province.
Pourquoi cet attachement
à Paris ?
C'est une ville superbe et les conditions de vie et de logement offertes à
l'Enst Paris sont exceptionnelles et permettent de profiter vraiment de cette
ville. L'école a longtemps été parrainée par France
Télécom or ce parrain, qui s'est aujourd'hui retiré,
a permis de doter l'école de moyens importants pour des activités
extra-scolaires. D'ailleurs, la fin de ce partenariat a ensuite obligé
les étudiants à trouver des sponsors pour continuer à
organiser des événements et manifestations.
Quels souvenirs gardez-vous
de votre intégration à l'école ?
Globalement, je conserve un excellent souvenir de toute cette période
très riche dans la vie de tous les étudiants de l'école.
J'ai rencontré là-bas beaucoup de gens avec lesquels je poursuis
mon parcours aujourd'hui encore.
Mais vous arriviez
en cours de cursus au sein d'un groupe déjà formé en
même temps que les X, le choc culturel doit être important non
?
Le mélange est effectivement hétéroclite, voire même
explosif vu de l'extérieur. Pendant les premières semaines,
on ressent un certain cloisonnement avec les les X d'un côté
et les concours communs de l'autre, mais au bout de quelques mois, les activités
sportives et les fêtes permettent de réunir tout le monde. Ce
goût commun pour la fête devient un véritable ciment au
sein de l'école. Par ailleurs, nous n'étions que 20 % des
filles à l'école et cela accélère beaucoup notre
intégration (rires).
Concernant l'enseignement,
quels sont vos souvenirs ?
Cela reste une excellente école d'ingénieur pour les matières
de base que sont les maths, la physique et le reste qui permettent d'avoir
une tête bien faite, comme dans la plupart des autres écoles
d'ingénieur. Mais à Télécom, le spectre des spécialisations
est très large : depuis la fibre optique jusqu'à la micro-électronique
en passant par les canaux de transmissions et les réseaux. Cela permet
vraiment de mieux comprendre le monde des Télécoms, de l'Internet
et de l'informatique.
Avez-vous été
bien préparée à la création d'entreprise ?
Absolument pas, mais c'est peut-être la seule vraie lacune de l'école.
D'une manière générale, c'est même un trait commun
de beaucoup de formations d'ingénieurs en France même si les
choses changent aujourd'hui. L'engouement de ces dernières années
pour la création d'entreprises donne des exemples aux jeunes étudiants.
Télécom Paris a créé pour cela par exemple un
incubateur qui a été l'un des premiers en France.
Vous aviez
déjà le projet de créer votre entreprise lorsque vous
étiez à l'école ?
J'avais effectivement cette ambition même si je ne savais pas quelle
activité créer ni dans quel secteur j'allais me lancer. Je pensais
simplement que ça se ferait plus tard. Mais lorsque j'en parlais autour
de moi, mes amis trouvaient cela bizarre. Les enseignants eux-mêmes,
par ailleurs excellents sur le plan académique, étaient assez
loin du monde de l'entrepreneuriat. Là encore, cela change et l'incubateur
permet à ces derniers de participer aux projets de leurs élèves.
Avez-vous eu l'occasion
d'intervenir vous-même dans le cadre de l'école pour faire partager
votre expérience de chef d'entreprise ?
Malheureusement je n'ai pas encore pu le faire faute de temps, mais Stéphane
Roder, mon associé, est allé présenter e-Brands à
l'école afin de promouvoir justement l'esprit d'entreprise.
Vous vous êtes
rencontrés à l'école ?
Absolument et la plupart des premiers salariés que nous avons embauchés
chez e-Brands étaient des gens de Télécom Paris. D'une
façon générale, je rencontre encore beaucoup d'anciens
amis étudiants dans les entreprises du secteur. Il faut reconnaître
que le milieu est petit et les ingénieurs de Télécom
Paris présents un peu partout.
Quel a été
votre parcours à la sortie de l'Enst ?
Après mon diplôme en 1994, j'ai d'abord rejoint le groupe Bull
où j'ai travaillé dans la technique avant de rejoindre les équipes
marketing où j'ai commencé à travailler sur le commerce
électronique et les intranets. Au bout de 2 ans, j'ai rejoint Cegetel
qui venait de naître avec Stéphane Roder (promo 92). Tout était
à construire et j'avais le sentiment de travailler pour une start-up
même si nous avions les moyens d'un grand groupe. Nous étions
alors seulement quelques dizaines de salariés à l'époque
et nous sommes passés à plusieurs milliers en deux ans. J'avais
déjà le sentiment de participer à une création
d'entreprise. C'est pendant cette période que nous avons imaginé
créer une société de services Internet pour les grandes
entreprises.
Comment vous-êtes
vous jetée dans l'aventure ?
Nous avons d'abord présenter le projet chez Cegetel mais ce n'était
pas une priorité à l'époque pour le groupe. En fait,
nous avons profité de la création de l'incubateur que venait
de créer l'Enst au sein duquel nous avons donné naissance à
e-Brands. Nous avons été beaucoup aidé par Dominique
Ventre et Philippe Laurier, les enseignants chercheurs de l'Enst à
l'origine de l'incubateur qui nous ont permis de valider notre projet. L'incubateur
nous a hébergé le temps de démarrer le projet. A partir
de là, tout est allé très vite. Mais avec son incubateur
nous avons eu un vrai coup de pouce de la part de l'école.
Vous avez maintenant
vendu e-Brands à l'actionnaire majoritaire de votre ancien employeur,
quels sont vos projets pour le futur ?
J'ai d'abord pris un peu de repos pour recharger les batteries car j'ai vécu
une période intense et très belle mais j'ai déjà
des pistes d'embryons de nouveaux projets avec Stéphane. Pour l'heure
je préfère rester discrète (rires).
Et pour finir, j'ose
à peine vous demander si vous utiliser beaucoup Internet ?
Internet est aujourd'hui pour moi un outil quotidien aussi indispensable que
le GSM. Je l'utilise beaucoup, pour m'informer sur les sites d'info du secteur
high-tech, j'utilise Boursorama.
J'achète également souvent sur Aquarelle
car j'adore offrir des fleurs. Je suis également une fidèle
lectrice du site Auféminin
que je trouve à la fois ludique et pratique.
Il y a des sites
que vous auriez aimés créer ?
Je ne sais pas vraiment, je crois que j'aurais bien voulu créer le
site Zagat.com dédié
au PDA et à la géolocalisation.
Propos recueillis par
Fabien Claire le 16 janvier 2001